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Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne — édifice religieux à Narbonne (Aude (11)) (11), monument historique (Classé MH)

Monument

Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne

1272-1340 (édifice gothique, inachevé) ; chapelles Renaissance 1490-1560·Religieux·Narbonne (Aude (11)) (11)·Classé MH

À voir

Histoire

La cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne est l'une des plus extraordinaires cathédrales inachevées d'Europe : son chœur gothique atteint 41 mètres de hauteur (le 3e plus haut chœur gothique de France après Beauvais et Amiens), mais sa nef ne fut jamais construite — l'édifice s'arrête brusquement après le transept, donnant une silhouette tronquée unique en France. Construite entre 1272 et 1340 dans un style gothique rayonnant, elle abrite plusieurs chapelles Renaissance majeures ajoutées entre 1490 et 1560.

L'édifice fut commandé en 1272 par l'archevêque Pierre Amélius, qui voulait construire la plus grande cathédrale du Midi — surpassant celle de Toulouse, Carcassonne et Béziers. Le chantier s'étala sur 70 ans (jusqu'en 1340), mais s'arrêta brusquement : l'ambition initiale avait sous-estimé les moyens financiers disponibles, et la construction de la nef aurait nécessité de démolir l'enceinte gallo-romaine de la cité (acte considéré comme sacrilège par les consuls de Narbonne qui s'y opposèrent).

La cathédrale resta donc inachevée : seuls le chœur, le transept, et la base de la façade occidentale furent construits. Au lieu de la nef, une muraille fortifiée (incorporant l'enceinte gallo-romaine) sépare l'édifice du cloître voisin.

L'élément Renaissance majeur est constitué par les chapelles latérales ajoutées entre 1490 et 1560 : chapelle de Saint-Sébastien (vers 1500), chapelle de la Vierge (vers 1530-1560), chapelle de l'Annonciation (vers 1540). Ces chapelles déploient un programme architectural et iconographique pleinement Renaissance : médaillons à profil antique, rinceaux d'acanthes, pilastres cannelés, statues dans des niches.

À voir absolument

  • L'élévation gothique du chœur, 41 m de haut, l'une des plus hautes de France
  • Les chapelles latérales Renaissance (1490-1560), ornées de retables et statues XVIe
  • La chapelle de la Vierge (1530-1560), pleinement Renaissance
  • Le cloître gothique (XIVe siècle), à galeries voûtées
  • Le trésor de la cathédrale (visite payante) : tapisseries flamandes du XVIe siècle, orfèvrerie médiévale-Renaissance
  • Les stalles sculptées du chœur (XVe siècle)
  • Le « Christ aux liens » (XVIe siècle), statue Renaissance dans une chapelle latérale
  • Le palais des Archevêques voisin (musée payant), résidence des archevêques de Narbonne depuis le IXe siècle
  • L'emplacement urbain : à 5 min de la place de l'Hôtel-de-Ville (palais des Archevêques) et du canal de la Robine

Anecdotes & secrets

Narbonne fut la première colonie romaine établie en Gaule transalpine en 118 av. J.-C. (sous le nom de Narbo Martius). Elle donna son nom à la province de Narbonnaise — l'une des plus prospères provinces romaines, couvrant tout le sud-est de la France actuelle. Narbonne antique comptait 35 000 habitants au IIe siècle (population équivalente à Lyon ou Vienne) et abritait un port méditerranéen majeur rivalisant avec Marseille. La cité antique fut détruite par les invasions barbares au Ve siècle puis par les Sarrasins au VIIIe siècle. La cathédrale Saint-Just fut construite sur les ruines du forum romain, et l'enceinte gallo-romaine sert encore aujourd'hui de muraille à l'édifice — fait stupéfiant : on peut voir des pierres romaines réutilisées dans les murs médiévaux.

L'ambition de la cathédrale inachevée (1272-1340) reflète l'hubris des archevêques de Narbonne au XIIIe siècle. Pierre Amélius voulait que sa cathédrale surpasse Amiens (achevée vers 1270) en hauteur : il commanda donc un chœur de 41 mètres (presque l'ancien record d'Amiens à 42,30 m). Mais la construction de la nef aurait nécessité de démolir une partie de l'enceinte gallo-romaine (qui protégeait la cité contre les pirates et les armées royales). Les consuls s'y opposèrent fermement : « Nous ne défairons pas nos remparts pour vos prières ». Le chantier resta donc inachevé — l'un des rares exemples en Europe où le pouvoir municipal a tenu tête au pouvoir épiscopal.

Charles Trénet (1913-2001), célèbre chansonnier français (« La Mer », « Que reste-t-il de nos amours »), naquit à Narbonne le 18 mai 1913. Sa maison natale (place du Forum) est aujourd'hui un musée (gratuit). Trénet fut enfant de chœur à la cathédrale Saint-Just entre 1923 et 1928 — épisode commémoré par une plaque dans la chapelle de la Vierge.

Conseils de visite

Cathédrale ouverte tous les jours de 9h à 18h, entrée libre. Trésor : visite payante (5€). Combiner avec la visite du palais des Archevêques voisin (musée payant), de l'horreum romain (gratuit, vestiges du marché antique souterrain), et du canal de la Robine. Narbonne accessible depuis Montpellier en TER (1h) ou Toulouse (2h).

Pour aller plus loin