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Palais du Tau — architecture civile à Reims (51), monument historique (Classé MH)

Monument

Palais du Tau

1138-1690 — aile Renaissance 1498-1509·Architecture civile·Reims (51)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Le dernier sacre d'un roi de France eut lieu à Reims le 29 mai 1825 — Charles X, couronné avec le manteau vermeil brodé de fleurs de lis, les mains ointes de l'huile de la Sainte-Ampoule. La cérémonie dura sept heures. Le Palais du Tau était le lieu de préparation du roi — il s'y revêtait des ornements royaux avant de passer dans la cathédrale. Ce fut le dernier sacre. Charles X fut renversé en 1830 par la Révolution de Juillet. Le Palais du Tau conserve encore les ornements du sacre — le manteau, la couronne, les sceptres — dans ses salles comme la mémoire d'un rituel bimillénaire. Clovis fut le premier sacré (496 apr. J.-C.), Charles X le dernier.

Histoire

Le Palais du Tau est le palais archiépiscopal de Reims — résidence des archevêques et lieu des cérémonies du sacre des rois de France. Son nom vient de la forme en T (tau) de son plan architectural. L'édifice actuel est un assemblage de plusieurs campagnes de construction : la salle du Tau médiévale (XIIe siècle), la chapelle gothique (XIIIe), et l'aile Renaissance (1498-1509) construite pour l'archevêque Robert de Lenoncourt. Cette aile Renaissance est l'un des premiers édifices du nouveau style à Reims — une grande salle à deux étages articulés par des pilastres et des médaillons, avec une galerie en bois sculpté. Le Palais du Tau abrite aujourd'hui un musée d'exception : le Trésor de la cathédrale de Reims, les statues médiévales déposées pour leur conservation, le manteau du sacre et les insignes royaux.

À voir

Récit incarné

Place du Cardinal-Luçon, Reims. La cathédrale Notre-Dame domine la place de ses tours inachevées. À sa droite, le Palais du Tau — l'annexe royale et archiépiscopale qui accompagnait la cathédrale depuis le VIe siècle. Deux bâtiments inséparables : la maison de Dieu et la maison du roi.

Entrez dans le musée. La salle du Tau médiévale — haute, sombre, tendue de tapisseries flamandes du XVe siècle représentant la vie de saint Rémi — est le théâtre dans lequel les rois de France célébraient le banquet du sacre. Des dizaines de têtes de têtards sculptées courent dans la corniche — l'emblème de saint Rémi qui avait baptisé Clovis. Dans l'aile Renaissance (1498-1509), des pilastres et des médaillons — plus doux, plus lumineux, le style nouveau entrant dans la maison des archevêques.

Mais le moment le plus fort est dans la salle du Trésor. Le manteau du sacre de Charles X, brodé de fleurs de lis d'or sur velours cramoisit. La couronne de rechange du roi. Le sceptre en ivoire et en or. Ces objets — touchés par 38 rois de France entre Pépin le Bref et Charles X — irradient d'une solennité étrange. La France monarchique dans un coffret.

Lecture architecturale

L'aile Renaissance du Palais du Tau (1498-1509) est une grande salle rectangulaire à deux niveaux articulés par des pilastres plats et des médaillons circulaires. La galerie de bois sculpté (partiellement conservée) présente des colonnettes tournées à chapiteaux composites. Le style est la première Renaissance française — hésitant entre le gothique flamboyant et le nouveau vocabulaire italianisant. Les nervures de la voûte de la salle du Tau médiévale contrastent avec la sobriété géométrique de l'aile Renaissance.

Symboles à observer

1. Les têtes de têtards : dans la corniche de la salle du Tau, des rangées de petites têtes de têtards sculptées. Le têtard — l'animal qui se transforme en grenouille — est le symbole de la transformation spirituelle (le catéchumène qui devient chrétien par le baptême). Saint Rémi avait baptisé Clovis.

2. Les tapisseries flamandes : dans la salle du Tau, les grandes tapisseries du XVe siècle représentent la Vie de saint Rémi (patron de Reims et premier archevêque). Cherchez la scène où une colombe apporte à saint Rémi la Sainte-Ampoule remplie de l'huile du sacre.

3. Le manteau du sacre : dans la salle du Trésor, le manteau vermeil à fleurs de lis d'or. Chaque fleur de lis est brodée individuellement. Cherchez une fleur de lis dont l'or a légèrement terni — la marque du temps sur la royauté.

4. Les médaillons de l'aile Renaissance : dans l'aile de 1498-1509, les médaillons circulaires portent des profils à l'antique. L'un d'eux ressemble à Clovis vu par l'imagination du XVe siècle.

Anecdote mémorable

En 1429, Jeanne d'Arc accompagna Charles VII jusqu'à Reims pour son sacre — objectif principal de sa mission. Le 17 juillet 1429, Charles VII fut sacré dans la cathédrale. Jeanne se tenait dans la nef, son étendard à la main. Après la cérémonie, on demanda à Jeanne pourquoi son étendard avait été présent dans la cathédrale (les étendards militaires n'avaient pas coutume d'entrer dans les lieux de culte). Elle répondit : 'Il avait été à la peine, il était juste qu'il fût à l'honneur.' Cette réponse — simple, juste, inattaquable — dit tout du génie de Jeanne.

Contexte historique dense

Le sacre des rois de France à Reims était une institution fondamentale de la monarchie — c'est à Reims que Clovis avait été baptisé par saint Rémi (496), fondant le royaume chrétien des Francs. Depuis cette origine, Reims était le lieu de la légitimation divine des rois de France. Le Palais du Tau, résidence archiépiscopale, était l'antichambre de cette légitimation. L'aile Renaissance (1498-1509) fut construite pour un archevêque humaniste, Robert de Lenoncourt, qui voulait doter Reims d'une architecture digne des nouvelles aspirations intellectuelles de la cour royale.

Échos artistiques

Musique : Te Deumde Marc-Antoine Charpentier (1692) — leTe Deumchanté lors des victoires royales et des sacres, la pièce musicale la plus associée à la royauté française. Peinture :Le Sacre de Louis XVIde Jean-Michel Moreau le Jeune (gravure, 1775) — l'image du cérémonial royal dans la cathédrale de Reims. Sculpture : les statues de la cathédrale de Reims déposées au Palais du Tau — dont le célèbreAnge au sourire, icône de la sculpture gothique.

Pour aller plus loin

  • Cathédrale Notre-Dame de Reims (UNESCO) — attenante, les vitraux de Chagall et les portails sculptés.
  • Basilique Saint-Remi de Reims (UNESCO) — la basilique romane avec le tombeau de saint Rémi.
  • Fort de la Pompelle (10 km) — musée de la Première Guerre mondiale, pour mesurer la destruction de Reims en 1914.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Exalta regina Galliae
Jean Mouton · c.1500–1520

Palais du Tau (UNESCO) à Reims, résidence des archevêques et lieu du sacre des rois de France : Exalta regina Galliae de Mouton est explicitement un motet de gloire pour la royauté française, composé pour la cour de Louis XII. Le palais du sacre et le motet de la gloire royale forment une association idéale.

Lire l'explication complète de l'œuvre →