Contes, légendes & anecdotes
La Maison de l'Œuvre Notre-Dame conserve la maquette architecturale en parchemin dessinée vers 1275-1277 pour le projet du portail ouest de la cathédrale de Strasbourg — l'un des plus anciens plans architecturaux médiévaux conservés. Ce parchemin, long de 5 mètres, est l'ancêtre de tous les plans d'architecte modernes. Les maîtres maçons du XIIIe siècle y avaient dessiné avec une précision géométrique absolue le portail qu'ils voulaient construire. Le portail fut construit — presque exactement comme prévu. Ce dessin, conservé pendant 750 ans dans les archives de la Maison de l'Œuvre, est le premier grand plan d'architecture occidental.
Histoire
La Maison de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg (le Frauenwerk) est l'institution qui géra la construction et l'entretien de la cathédrale de Strasbourg depuis le XIIe siècle — une institution unique en Europe, qui conserva pendant huit siècles les archives, les maquettes, les sculptures et les outils du chantier cathédral. Le bâtiment actuel, place du Château, comprend plusieurs corps de construction dont les parties médiévales remontent à 1347 et les parties Renaissance à 1579-1585. La salle gothique du rez-de-chaussée et la cour intérieure à galeries Renaissance constituent un ensemble architectural exceptionnel. La Maison de l'Œuvre abrite aujourd'hui le Musée de l'Œuvre Notre-Dame — l'un des plus importants musées d'art médiéval rhénan d'Europe — dont les collections comprennent les sculptures originales de la cathédrale déposées pour leur conservation (têtes de roi, anges, Vierge), les vitraux du XIe au XVe siècle, et les peintures germaniques de la Renaissance (Konrad Witz, Mathias Grünewald).
À voir
Récit incarné
Place du Château, Strasbourg. En face de la cathédrale Notre-Dame, dont la flèche monte à 142 mètres. La Maison de l'Œuvre Notre-Dame — son bâtiment gothique médiéval, sa cour Renaissance, sa façade à colombages — est le dépôt de la mémoire de la cathédrale.
Entrez dans le musée. La salle gothique du rez-de-chaussée accueille des sculptures médiévales de la cathédrale — déposées pour leur conservation, remplacées par des copies sur l'édifice. Ce sont les originaux. La tête de la Synagogue, les mains du Christ, les visages des anges — des sculptures du XIIIe siècle d'une expressivité et d'une modernité qui coupent le souffle.
Montez dans la cour Renaissance. La galerie à arcades du XVIe siècle entoure la cour — sobriété rhénane, calcaire gris, colonnes à chapiteaux composites. C'est l'architecture de l'administration, pas de la parade. La Maison de l'Œuvre était une institution technique, pas un palais. Elle construisait, restaurait, gérait. Sa Renaissance est fonctionnelle.
Lecture architecturale
La Maison de l'Œuvre Notre-Dame présente deux corps principaux. Le corps médiéval (1347) est en grès rose des Vosges — massif, avec ses murs épais et ses fenêtres gothiques. Le corps Renaissance (1579-1585) est en calcaire gris d'Alsace — plus léger, avec sa cour à galeries en arcades semi-circulaires. La galerie Renaissance présente des colonnes à chapiteaux composites d'une facture rhénane caractéristique.
Symboles à observer
1. La tête de la Synagogue : dans le musée, la sculpture de la Synagogue (la figure féminine aux yeux bandés qui représente le Judaïsme vaincu) est d'une beauté bouleversante. Sa mélancolie n'est pas la représentation d'une défaite — c'est un portrait de la dignité dans l'adversité.
2. Le plan en parchemin de 1275 : si exposé, ce rouleau de parchemin dessiné par les maîtres maçons du XIIIe siècle est le plus ancien plan architectural occidental. 5 mètres de précision géométrique.
3. Les chapiteaux composites de la galerie : dans la cour Renaissance, les chapiteaux mêlent ionique et corinthien. C'est la tradition rhénane du XVIe siècle — pragmatique dans son mélange d'ordres.
4. Les vitraux médiévaux : le musée conserve des vitraux du XIe au XVe siècle. Cherchez le vitrail le plus ancien — sa couleur est différente de celle des vitraux ultérieurs.
Anecdote mémorable
Erwin von Steinbach (mort en 1318) — l'architecte le plus fameux du chantier de la cathédrale de Strasbourg — est représenté dans une sculpture conservée à la Maison de l'Œuvre. Goethe, lors de son séjour strasbourgeois (1770-1771), fut bouleversé par la cathédrale et par la figure d'Erwin — qu'il célébra dans son essai Von Deutscher Baukunst (1772) comme le génie architecte national allemand. La Maison de l'Œuvre était le lieu de mémoire de ce génie. Le romantisme naissant de Goethe se construisit en partie dans ses salles.
Contexte historique dense
La Maison de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg est une institution sans équivalent dans l'Europe médiévale et Renaissance — un organisme permanent de gestion du chantier cathédral, avec ses archives, ses fonds, ses artisans permanents. Sa transformation partielle en style Renaissance (1579-1585) coïncide avec l'adhésion de Strasbourg au luthéranisme (1529) et la redéfinition de ses institutions. L'Œuvre Notre-Dame resta catholique — chargée de la cathédrale catholique — dans une ville majoritairement protestante.
Échos artistiques
Musique : le Positif de luthde Hans Neusidler (Nuremberg, 1536) — la musique d'orgue rhénane contemporaine de la cour Renaissance de la Maison de l'Œuvre. Peinture :Saint Nicolas de Konrad Witz (Musée de l'Œuvre Notre-Dame) — le chef-d'œuvre de la peinture rhénane conservé dans ce musée. Architecture : la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg (UNESCO) — le monument pour lequel la Maison de l'Œuvre existait.
Pour aller plus loin
- Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg (UNESCO) — à 20 mètres, l'objet de toutes les attentions de la Maison de l'Œuvre.
- Maison Kammerzell (Strasbourg) — à 50 mètres, la maison Renaissance la plus ornée de Strasbourg.
- Musée historique de Strasbourg — dans l'ancienne Grande Boucherie du XVIIe siècle.



