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Logis de la Trémoille — architecture civile à Thouars (79), monument historique (Classé MH)

Monument

Logis de la Trémoille

1510-1545·Architecture civile·Thouars (79)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Louis II de La Trémoille (1460-1525) était surnommé 'le chevalier sans reproche' — une formule qui était un idéal chevaleresque mais aussi un programme politique : ne jamais trahir son roi, ne jamais mentir, ne jamais reculer. Il mourut à la bataille de Pavie (1525) en défendant François Ier contre les armées de Charles Quint — percé de coups de pique alors qu'il tentait de couvrir la retraite royale. Son fils Charles fit construire le logis de Thouars dans les années qui suivirent la mort du héros. Le logis est un monument funèbre autant qu'une résidence — la mémoire du père taillée dans le tuffeau du Poitou.

Histoire

Le logis de la Trémoille à Thouars est l'un des édifices civils Renaissance les plus précoces et les plus originaux du Poitou-Charentes. Construit entre 1510 et 1545 pour la puissante famille de La Trémoille — l'une des premières maisons de la noblesse française, dont Louis II de La Trémoille fut le maréchal de France de François Ier — il présente une façade en tuffeau poitevin (calcaire tendre local) d'une composition élégante : une longue galerie à colonnes ioniques au rez-de-chaussée, deux niveaux de fenêtres à meneaux au-dessus, une tourelle d'escalier polygonale en hors-œuvre. La galerie à colonnes libres — cinq colonnes ioniques monolithes portant cinq arcades en plein cintre — est la pièce la plus remarquable de l'édifice et l'un des premiers exemples français de galerie à colonnes libres dans un contexte civil noble. Thouars, petite ville du Poitou dominant le Thouet, était le chef-lieu de la seigneurie puis du duché de La Trémoille.

À voir

Récit incarné

Thouars, Deux-Sèvres. La ville perchée sur son éperon rocheux dominant le Thouet — une rivière calme qui serpente dans les bocages poitevins. Le logis de La Trémoille s'étend le long de la falaise, sa longue façade en tuffeau blanc dominant les jardins en terrasses.

La galerie est la première chose que vous voyez en entrant dans la cour. Cinq colonnes ioniques libres — pas des pilastres appliqués contre le mur, des vraies colonnes rondes dans l'espace. Elles portent cinq arcades en plein cintre d'une légèreté qui contraste avec la massivité du tuffeau des murs. C'est la Renaissance qui respire — l'espace qui s'ouvre, l'architecture qui dialogue avec le ciel.

Louis II de La Trémoille est mort à Pavie, le 24 février 1525. Il était l'un des meilleurs généraux de France. Il mourut pour un roi qui avait été capturé — une mort inutile dans une bataille perdue. Son fils Charles fit construire ce logis dans les années qui suivirent. La galerie à colonnes ioniques, ouverte sur le jardin et sur la rivière, ressemble à un mémorial — un espace de contemplation et de mémoire pour un père mort dans la boue lombarde.

Lecture architecturale

Le logis de La Trémoille est construit en tuffeau poitevin (calcaire tendre blanc-crème, légèrement différent du tuffeau tourangeau). La galerie du rez-de-chaussée présente cinq colonnes ioniques monolithes portant cinq arcades en plein cintre. Le premier étage est articulé par des pilastres. La tourelle polygonale hors-œuvre, dans l'angle de la galerie, abrite l'escalier principal.

Symboles à observer

1. Les colonnes ioniques libres : cinq fûts lisses, cinq chapiteaux à volutes. Comparez leur rapport hauteur/diamètre avec le canon vitruvien (hauteur = 8 diamètres pour l'ionique).

2. La vue depuis la galerie : depuis la galerie, regardez vers le jardin en terrasses et vers le Thouet. C'est cette vue que Charles de La Trémoille a voulu cadrer avec sa galerie.

3. La tourelle polygonale : dans l'angle de la façade, la tourelle d'escalier. Cherchez le dôme qui la coiffe — en ardoise, bien sûr (le Poitou est en ardoise comme la Loire).

4. Les armes des La Trémoille : dans les clefs des arcades de la galerie, cherchez les armes de la famille — d'or à la croix de gueules.

Anecdote mémorable

La bataille de Pavie (24 février 1525) fut la catastrophe militaire de François Ier. La cavalerie française — l'élite de la noblesse — fut massacrée par l'infanterie espagnole et ses harquebusiers. Louis II de La Trémoille, 65 ans, mourut dans ce désastre. Son corps fut rapatrié en France et inhumé dans l'église de Thouars. Son fils fit construire ce logis comme monument à sa mémoire — et comme démonstration que la famille, malgré le désastre de Pavie, restait l'une des premières de France.

Contexte historique dense

La famille de La Trémoille était l'une des plus anciennes et des plus puissantes de la noblesse française. Ses membres avaient été maréchaux, amiraux, gouverneurs de province. Le logis de Thouars (1510-1545) reflète cette puissance — une résidence noble qui rivalise avec les constructions royales de la Loire. Sa construction coïncide avec les guerres d'Italie et les premières décennies de la Renaissance française.

Échos artistiques

Musique : Requiemd'Antoine de Fevin (v.1520) — la musique funèbre de la cour de François Ier, contemporaine de la mort de La Trémoille à Pavie. Peinture :La Bataille de Pavie (tapisseries de Bruxelles, v.1528-1531, Musée de Capodimonte, Naples) — la représentation contemporaine du désastre. Architecture : le château de Thouars (partiellement conservé) — la résidence principale des La Trémoille dans la même ville.

Pour aller plus loin

  • Église Saint-Médard de Thouars — avec le tombeau de Louis II de La Trémoille.
  • Abbaye de Fontevraud (49, 40 km) — l'abbaye royale où sont enterrés les Plantagenêts.
  • Saumur (49, 40 km) — le château et les caves troglodytiques de l'Anjou.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Branle de Poitou
Pierre Attaingnant · c.1529–1589

Logis de la Trémoille (1510-1545) à Thouars, Deux-Sèvres : ville du Poitou, demeure des Trémoille, grands seigneurs du Poitou. Le Branle de Poitou d'Attaingnant est la danse régionale naturelle pour ce monument de la grande noblesse poitevine. Cohérence géographique parfaite.

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