Contes, légendes & anecdotes
Les mascarons de l'hôtel de ville de Riom ont alimenté une légende locale persistante : l'un d'eux, dit-on, représente le portrait d'un sculpteur qui avait travaillé sans être payé par les édiles de la ville. Pour se venger, il glissa parmi les mascarons son propre visage grimaçant — une façon de se payer en immortalité défaut. Le mascarons en question serait celui qui se trouve à l'extrémité droite du premier étage, caractérisé par une expression mi-moqueur mi-résignée. La vraie histoire est plus simple : les mascarons étaient conçus comme des apotropéens — des figures repoussant le mauvais œil. Mais la légende dit quelque chose de vrai sur la condition des artisans de la Renaissance.
Histoire
L'hôtel de ville de Riom est l'un des monuments civils Renaissance les plus remarquables d'Auvergne et témoigne du statut particulier de Riom, capitale judiciaire de la province au XVIe siècle. Construit entre 1542 et 1553 pour la ville royale qui abritait la Cour des Aides d'Auvergne (juridiction fiscale royale), il présente une façade en arkose volcanique gris-noir, caractéristique de la construction auvergnate, articulée par des pilastres corinthiens et ornée d'une profusion de mascarons sculptés. La caractéristique iconographique la plus frappante de cet hôtel de ville est précisément la collection de mascarons — plus de quarante visages sculptés dans la pierre noire de l'Auvergne, aux expressions extraordinairement variées : grotesques, grimaçants, mélancoliques, souriants, monstrueux. Cette collection de mascarons constitue l'un des ensembles les plus riches de la sculpture civile Renaissance provinciale.
À voir
Récit incarné
Place Charles-de-Gaulle, Riom. Une ville tranquille de l'Auvergne profonde, à 15 kilomètres au nord de Clermont-Ferrand. Riom fut pendant des siècles la capitale judiciaire de l'Auvergne — là où l'on venait plaider devant la Cour des Aides, là où les nobles et les bourgeois venaient faire reconnaître leurs droits. Une ville de juges et d'avocats, construite dans la pierre volcanique noire du Massif Central.
L'hôtel de ville se dresse en face de la place. Sa façade en arkose gris-noir est saisissante — pas la blancheur tourangelle, pas la couleur rose toulousaine, mais le noir basaltique de l'Auvergne. Et sur cette façade noire, des dizaines de mascarons sculptés : des visages, des visages, des visages. Grimaçants, souriants, stupéfaits, mélancoliques, grotesques. Une galerie de portraits expressionnistes en pierre volcanique.
Riom a connu un autre moment d'histoire en 1942 : le procès de Riom, intenté par Vichy contre les responsables de la défaite de 1940 (Daladier, Blum, Gamelin). Le procès tourna au désastre pour Vichy quand les accusés retournèrent les accusations contre leurs juges. Le hôtel de ville médiéval et Renaissance de Riom était le théâtre de cette farce judiciaire.
Lecture architecturale
L'hôtel de ville de Riom est construit en arkose volcanique (roche sédimentaire à grains de feldspath, gris-noir en Auvergne), la même pierre que l'on trouve dans toutes les grandes constructions de la région (cathédrale de Clermont-Ferrand, Notre-Dame-du-Port). La façade présente deux niveaux articulés par des pilastres corinthiens. L'entablement horizontal est sculpté d'une frise de mascarons et de rinceaux. Les fenêtres du premier étage ont des frontons triangulaires alternant avec des frontons curvilignes — la composition canonique de la Renaissance française.
Symboles à observer
1. La collection de mascarons : comptez les mascarons sur la façade principale. Il y en a plus de quarante. Chaque visage est unique — cherchez le plus grotesque, le plus mélancolique, le plus souriant. Quel visage vous paraît le plus humain ?
2. La pierre noire d'Auvergne : la couleur de la pierre est un symbole géologique — la lave volcanique qui a formé le Massif Central est là, figée dans les murs de la mairie. L'Auvergne porte en elle l'histoire de la Terre.
3. Les armes royales : dans l'entablement, les fleurs de lis du roi de France alternent avec les armes de Riom (un lis, aussi) — rappel de la ville royale, directement dépendante du roi sans seigneur intermédiaire.
4. Les pilastres corinthiens : les chapiteaux à feuilles d'acanthe sont sculptés dans la pierre noire avec une précision remarquable — les sculpteurs auvergnats maîtrisaient la pierre volcanique autant que les Tourangeaux maîtrisaient le tuffeau.
Anecdote mémorable
En 1942, le régime de Vichy organisa le procès de Riom pour condamner les responsables de la défaite de juin 1940. Les accusés — Léon Blum, Édouard Daladier, le général Gamelin — prirent la défense et transformèrent le prétoire en tribune d'accusation contre Vichy lui-même. Le procès fut suspendu en avril 1942 et n'eut jamais de verdict. Le vieux palais de justice de Riom — avec ses murs médiévaux et ses ornements Renaissance — fut l'arène de cette joute judiciaire. La pierre noire de l'Auvergne avait tout vu.
Contexte historique dense
Riom au XVIe siècle était la capitale administrative et judiciaire de l'Auvergne — une province royale directement rattachée à la couronne depuis 1527 (quand les biens du connétable de Bourbon furent confisqués). La Cour des Aides d'Auvergne, établie à Riom, était la juridiction fiscale supérieure de la province — une institution puissante, dont les magistrats constituaient l'élite sociale de la ville. La construction de l'hôtel de ville (1542-1553) reflète l'ambition de cette élite judiciaire de doter sa ville d'un équipement municipal digne de son rang.
Échos artistiques
Musique : Branles d'Auvergne(recueil Arbeau,Orchésographie, 1589) — les danses populaires d'Auvergne contemporaines de l'hôtel de ville. Peinture : La Vierge de la Victoire de Jean Perréal (v.1498, Louvre) — le peintre de cour des ducs de Bourbons, actif dans la région. Architecture : la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Riom (XIIe-XIIIe s.) — en pierre noire également, le modèle constructif local.
Pour aller plus loin
- Basilique Notre-Dame-du-Marthuret (Riom) — statue de la Vierge à l'Oiseau, chef-d'œuvre de la sculpture bourguignonne-auvergnate.
- Clermont-Ferrand (15 km) — cathédrale en pierre volcanique noire, Fontvieille et quartier médiéval de Montferrand.
- Thiers (35 km) — l'hôtel de ville Renaissance et la coutellerie.


