À voir
Histoire
L'église collégiale Saint-Pierre d'Avignon est l'un des plus beaux exemples de gothique méridional terminé en pleine Renaissance. Fondée au VIIe siècle puis détruite par les invasions sarrasines au IXe, elle fut reconstruite en 1358 sous l'autorité du cardinal Pierre de Pratis, archevêque d'Avignon, peu après le départ de la papauté pour Rome (1377). Le chantier traîna sur près de deux siècles, achevé seulement en 1551 sous Henri II.
L'élément le plus remarquable est sa façade occidentale, sculptée vers 1500-1551 dans le style flamboyant tardif glissant vers la Renaissance. Conçue par Antoine Voland, elle constitue l'un des derniers grands témoignages du gothique exubérant en Provence, juste avant la généralisation du vocabulaire classique. Les deux portes monumentales en noyer, sculptées en 1551 par Antoine Volard, sont des chefs-d'œuvre absolus : reliefs de l'Annonciation, Visitation, Présentation au Temple, Adoration des Mages, encadrés de niches à dais flamboyants, putti, rinceaux Renaissance.
À l'intérieur, le décor Renaissance est tout aussi remarquable : stalles sculptées vers 1525, retable du Saint-Sacrement, chapelles latérales financées par les grandes familles avignonnaises (Cambis, Sade, Crillon), fonts baptismaux Renaissance. Le clocher ne fut achevé qu'au XVIIe siècle.
Avignon, ville papale jusqu'en 1791 (rattachée à la France à la Révolution), conserva pendant des siècles une autonomie politique et religieuse unique : sous la juridiction du Saint-Siège, elle n'était pas soumise aux rois de France. Cette spécificité explique la richesse architecturale de la cité et la qualité de ses commandes artistiques.
À voir absolument
- La façade occidentale flamboyante-Renaissance (1500-1551), avec ses contreforts ajourés et ses pinacles
- Les deux portes en noyer sculpté d'Antoine Volard (1551), chefs-d'œuvre absolus de la sculpture Renaissance sur bois en France méridionale
- Les stalles sculptées du chœur (vers 1525), à miséricordes ornées de putti et rinceaux
- Le retable du Saint-Sacrement Renaissance
- La chapelle Sade, ornée de peintures murales du XVIe siècle (les ancêtres du fameux marquis y sont représentés)
- La chaire à prêcher en bois sculpté du XVIIe siècle, mais inspirée des modèles Renaissance
- Les fonts baptismaux Renaissance en marbre polychrome
- Les tableaux flamands et italiens du XVIe siècle conservés dans les chapelles latérales
Anecdotes & secrets
L'oncle du marquis de Sade, l'abbé Jacques-François de Sade (1705-1778), fut chanoine de la collégiale Saint-Pierre au XVIIIe siècle. Érudit raffiné, ami de Voltaire, auteur d'une Vie de Pétrarque, il accueillit régulièrement son neveu Donatien à Avignon. C'est dans la chapelle familiale des Sade de cette collégiale (5e chapelle nord) que le futur écrivain libertin fut baptisé en 1740.
Les portes en noyer de 1551 ont une particularité technique exceptionnelle : elles ont été sculptées dans un seul tronc de noyer chacune — exploit qui réclamait des arbres centenaires et des outillages parfaitement affûtés. Lors de leur restauration en 1982, les ébénistes ont retrouvé sur le revers de plusieurs panneaux les graffitis des compagnons sculpteurs : prières, signatures, croquis de figures grotesques, plaintes contre les commanditaires qui retardaient les paiements.
La collégiale fut fermée à la Révolution (1791) et vendue comme bien national. Elle servit successivement de grenier à fourrage, d'écurie militaire, puis de dépôt de mendicité. C'est en 1823 seulement qu'elle fut rendue au culte. Miraculeusement, l'essentiel du décor Renaissance — portes, stalles, retable — survécut à ces vingt années d'abandon.
Conseils de visite
Église ouverte du mardi au samedi de 9h30 à 12h et 14h30 à 18h, dimanche 9h30 à 12h. Entrée libre. À 5 minutes à pied du Palais des Papes (payant) et du rocher des Doms. Combiner avec la visite du musée du Petit Palais (peinture italienne XIVe-XVIe, gratuit le 1er dimanche du mois) et du pont Saint-Bénézet (pont d'Avignon). Avignon accessible depuis Paris en TGV (2h40). Pour les portes de Volard, privilégier la visite le matin quand la lumière rasante en révèle les reliefs.



