Contes, légendes & anecdotes
Le Saint Suaire de Cadouin fut reconnu faux en 1934 — les caractères inscrits sur ses bordures n'étaient pas des versets du psautier comme on le croyait depuis des siècles, mais une formule arabe fatimide du XIe siècle, probablement tissée en Égypte. Les pèlerins qui avaient fait le chemin jusqu'à Cadouin pendant huit siècles pour vénérer le suaire du Christ avaient adoré un tissu d'origine islamique. Le paradoxe est digne d'une farce médiévale — mais le cloître Renaissance qu'ils avaient financé avec leurs offrandes est, lui, bien réel.
Histoire
Le cloître de l'abbaye de Cadouin, en Dordogne, est l'un des trésors cachés de la Renaissance française — une succession de galeries gothiques flamboyantes et renaissantes d'une richesse décorative exceptionnelle, dont la construction s'étale sur près d'un siècle (v.1468-1550). Les quatre galeries présentent des styles différents qui reflètent les générations successives d'abbés qui les commandèrent : le gothique flamboyant pour les premières galeries, puis une transition vers la Renaissance avec des arcs en plein cintre, des colonnes à chapiteaux composites et des médaillons. L'abbaye cistercienne de Cadouin conservait ce qui fut pendant des siècles considéré comme le Saint Suaire du Christ — un linge ramené de la Première Croisade en 1117 et vénéré jusqu'en 1934, quand des experts montrèrent que les inscriptions qui le bordaient étaient en arabe fatimide du XIe siècle. Ce dégonflement de la relique mit fin au pèlerinage mais préserva l'abbaye, qui fut classée UNESCO (avec les Chemins de Saint-Jacques).
À voir
Récit incarné
Cadouin, Dordogne. Le village périgordin dans la forêt. L'abbaye cistercienne et son cloître à nul autre pareil.
Entrez. Parcourez les galeries dans l'ordre. Le temps s'écoule dans la pierre — gothique, puis Renaissance, puis pleinement Renaissance. Un siècle d'architecture en cent mètres de galeries.
Lecture architecturale
Quatre galeries, quatre décennies, quatre styles progressifs du gothique flamboyant à la Renaissance achevée.
Symboles à observer
1. L'évolution stylistique : du flamboyant à la Renaissance en tournant dans le cloître. 2. Les médaillons humanistes : dans les tympans des arcades Renaissance. 3. Les chapiteaux composites : la transition des fûts prismatiques gothiques aux colonnes rondes Renaissance. 4. L'abbatiale cistercienne : la sobriété romane qui contraste avec la richesse du cloître.
Anecdote mémorable
Richard Cœur de Lion pria devant un tissu fatimide qu'il croyait être le suaire du Christ. La foi qui construisit le cloître était sincère. La relique était fausse. La beauté reste.
Pour aller plus loin
- Sarlat-la-Canéda (24, 20 km) — la ville médiévale la mieux préservée du Périgord.
- Les Eyzies (24, 20 km) — la Vénus de Lespugue et les grottes de la Préhistoire.
- Beynac (24, 15 km) — le château médiéval sur la falaise.



