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La Cathédrale de Palerme (strate Renaissance des Gagini)
À première vue, la cathédrale de Palerme est un manifeste de l'art normand et arabo-normand : c'est à ce titre qu'elle figure au patrimoine mondial. Mais sous ses strates médiévales et néoclassiques, l'édifice a longtemps abrité un chef-d'œuvre de la Renaissance sicilienne — l'immense tribuna marmoréenne qu'Antonello Gagini éleva derrière le maître-autel au début du XVIe siècle, aujourd'hui démontée et dispersée dans l'édifice. C'est cette couche-là, discrète et fragmentée, que HitsMap s'attache à isoler.
Un édifice normand : mise au point sur les strates
La cathédrale que l'on voit aujourd'hui est un palimpseste. Sa fondation remonte à 1184-1185, à l'initiative de l'archevêque Gautier Ophamil (Walter of the Mill), sur un site qui avait connu une basilique paléochrétienne puis une mosquée à l'époque de l'émirat. La structure d'origine relève de l'art normand de Sicile, ce syncrétisme unique où se croisent héritages latin, byzantin et islamique — le même esprit qui anime Monreale et Cefalù.
Au fil des siècles, l'édifice fut profondément remanié : ajouts gothiques, portiques catalans du XVe siècle sur le flanc sud, campaniles. La transformation la plus spectaculaire est tardive : entre 1781 et 1801, l'architecte Ferdinando Fuga et son continuateur Giuseppe Venanzio Marvuglia refondent tout l'intérieur dans le goût néoclassique et coiffent la croisée d'une vaste coupole. Il faut donc le dire nettement : ni dans sa structure normande, ni dans sa coupole néoclassique, la cathédrale n'est un édifice « Renaissance ». Le volet qui intéresse HitsMap est une strate sculptée, insérée dans ce vaisseau puis largement défaite lors de ce réaménagement du XVIIIe siècle.
La tribuna d'Antonello Gagini
Au début du XVIe siècle, Antonello Gagini, le plus illustre marbrier de la Sicile de son temps, fut chargé d'ériger derrière le maître-autel une gigantesque machine d'autel de marbre — une tribunaouancône monumentale conçue comme une architecture peuplée de statues et de reliefs. L'ouvrage, mené sur plusieurs décennies, aurait rassemblé un grand nombre de figures de saints, de scènes narratives et d'éléments ornementaux, formant l'un des ensembles majeurs de la sculpture de la Renaissance en Italie méridionale.
Cette tribuna n'existe plus comme ensemble. Lors du réaménagement néoclassique de la fin du XVIIIe siècle, elle fut démontée, et ses éléments — statues, reliefs, fragments — furent redistribués à travers l'édifice : dispersés dans les chapelles, réemployés sur des autels, relégués dans des espaces divers. Ce qui subsiste se laisse donc lire non comme une œuvre unitaire, mais comme un semis de morceaux à recomposer mentalement. C'est le paradoxe de cette fiche : l'œuvre-phare de la strate Renaissance de la cathédrale est simultanément présente in situ et défaite en tant que composition. La part exacte revenant à la main d'Antonello, à son atelier et à ses continuateurs reste par ailleurs matière à discussion savante.
Les autres œuvres Renaissance : statues, Madone, tombeaux
Au-delà des fragments de la tribuna, la cathédrale conserve d'autres pièces rattachées à l'atelier des Gagini : des statues de saints et une Vierge à l'Enfant de marbre comptent parmi les œuvres traditionnellement associées à Antonello, réparties dans l'édifice. Leur attribution précise et leur datation demandent prudence, plusieurs mains ayant œuvré dans le sillage du maître.
Il importe de ne pas confondre cette strate Renaissance avec un autre ensemble célèbre de la cathédrale : les tombeaux royaux et impériaux de porphyre pourpre, qui abritent notamment Roger II, l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, Henri VI et l'impératrice Constance. Ces sarcophages, chargés d'une puissante symbolique du pouvoir, sont médiévaux — ils n'appartiennent en rien à la couche Renaissance et relèvent de l'histoire normande et souabe de l'édifice.
Les Gagini, dynastie de marbriers
Les Gagini forment l'une des grandes dynasties de sculpteurs de la Renaissance italienne, actifs surtout en Sicile et dans le Sud. Le fondateur, Domenico Gagini, formé dans le milieu ligure et lombard, importa dans l'île un vocabulaire renaissant nourri de l'exemple toscan. Son fils Antonello Gagini (v. 1478-1536) porta l'atelier à son apogée : ses madones, ses saints et ses grandes machines d'autel essaimèrent dans les églises siciliennes, définissant durablement le visage de la sculpture religieuse locale. Ses propres fils prolongèrent l'entreprise. Comprendre la strate Renaissance de la cathédrale de Palerme, c'est mesurer le rôle structurant de cet atelier familial qui, tout un siècle durant, fournit la Sicile en marbre sculpté.
Portée
La cathédrale de Palerme est un cas d'école de palimpseste : chaque époque y a écrit sa ligne, quitte à effacer la précédente. La strate Renaissance des Gagini y occupe une place singulière — celle d'un sommet artistique aujourd'hui dispersé, victime du goût néoclassique qui l'a jugé encombrant. Que la tribuna d'Antonello ait été démontée plutôt que conservée en dit long sur les hiérarchies changeantes du goût ; qu'elle survive par fragments en dit long sur la ténacité de la matière. Pour l'atlas, l'enjeu n'est pas de rendre la cathédrale « Renaissance » — elle ne l'est pas — mais de rendre visible cette veine enfouie, capitale pour l'histoire de la sculpture méridionale.
Ce qu'il faut voir absolument
- Les éléments subsistants de la tribuna d'Antonello Gagini, à repérer dispersés dans les chapelles et sur les autels — vestiges d'un ensemble jadis unitaire.
- Les statues de saints de l'atelier Gagini réparties dans l'édifice.
- La Vierge à l'Enfant de marbre traditionnellement associée à Antonello Gagini.
- La mise au point des strates : distinguer l'ossature normande, la coupole néoclassique et l'insert Renaissance.
- Les tombeaux royaux de porphyre (Roger II, Frédéric II, Henri VI, Constance) — médiévaux, à bien distinguer de la couche Renaissance.
- L'ensemble comme leçon de palimpseste : lire le bâtiment comme une superposition d'époques.
Infos pratiques
La cathédrale se dresse au cœur du centre historique de Palerme, le long du Cassaro (Corso Vittorio Emanuele). C'est un lieu de culte en activité, dont certaines parties — toits, trésor, cryptes, tombeaux — peuvent faire l'objet d'un accès distinct et de conditions variables. Horaires, tarifs et modalités étant susceptibles de changer, mieux vaut les vérifier auprès des sources officielles de la cathédrale avant toute visite.
Quiz
1. Qui réalisa la monumentale tribuna de marbre élevée derrière le maître-autel de la cathédrale au début du XVIe siècle ?
- Ferdinando Fuga
- Antonello Gagini
- Roger II
2. Dans quel style est bâtie la structure d'origine de la cathédrale de Palerme ?
- Normand (arabo-normand), et non Renaissance
- Renaissance florentine
- Gothique flamboyant
3. Qu'est devenue la tribuna d'Antonello Gagini ?
- Elle a été transférée intacte à Monreale
- Elle est restée en place sans modification
- Elle a été démontée au XVIIIe s. et ses éléments dispersés dans l'édifice
Votre avis nous dit quoi améliorer : les photos, le texte, la position.
Fiche mise à jour le 17 septembre 2026






