À voir
Histoire
La cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo est l'un des édifices religieux les plus singuliers de Bretagne, dressée au cœur de la cité corsaire fortifiée d'intra-muros. Fondée au XIIe siècle par l'évêque Jean de Châtillon (qui transféra le siège épiscopal d'Aleth, sur la rive de la Rance, à Saint-Malo en 1146 pour des raisons de sécurité face aux pillards normands), elle fut profondément agrandie aux XVe et XVIe siècles, alors que Saint-Malo devenait l'un des plus puissants ports français grâce au commerce avec l'Amérique et aux corsaires.
Le chœur, gothique primitif (XIIe siècle), conserve sa simplicité romano-gothique d'origine. Mais la nef fut agrandie en gothique flamboyant au XVe siècle, puis enrichie de chapelles latérales Renaissance entre 1535 et 1545 sous l'épiscopat de Denis Briçonnet (évêque de Saint-Malo 1535-1545, frère de Guillaume Briçonnet réformateur de Meaux). Briçonnet, humaniste influencé par l'évangélisme préréformiste, finança des chapelles ornées de retables Renaissance, des vitraux à programme iconographique humaniste, et des statues dans le nouveau goût italien.
La cathédrale fut gravement détruite par les bombardements américains du 5-13 août 1944 lors de la bataille de Saint-Malo. 80% de la cité intra-muros fut rasée. La cathédrale s'effondra partiellement : voûtes de la nef, vitraux, mobilier liturgique pulvérisés. Sa restauration, dirigée par Raymond Cornon, dura jusqu'en 1971 — vingt-sept ans de reconstruction patiente, dans le respect des plans d'origine.
À voir absolument
- Le chœur roman-gothique primitif (XIIe siècle), vestige rare de l'édifice originel
- Les chapelles latérales Renaissance financées par Denis Briçonnet (1535-1545)
- Les vitraux modernes de Jean Le Moal (1968-1971), remplaçant les vitraux Renaissance détruits en 1944 — l'un des plus beaux ensembles de vitraux contemporains de France
- Le cénotaphe de Jacques Cartier (XIXe siècle, néo-Renaissance), explorateur du Canada né à Saint-Malo
- Le tombeau de Duguay-Trouin (1773-2010), corsaire et lieutenant général des armées navales, rapatrié en 2010 depuis Toulon
- Le buffet d'orgue (1980, posthume des bombardements) sur tribune Renaissance reconstruite
- La statue de la Vierge (XVIe siècle), miraculeusement épargnée des bombardements
- Le dallage commémoratif où Jacques Cartier demanda en 1535 la bénédiction épiscopale avant son deuxième voyage au Canada — événement fondateur de la Nouvelle-France
Anecdotes & secrets
Jacques Cartier (1491-1557), explorateur malouin et fondateur officiel du Canada français, reçut la bénédiction épiscopale solennelle dans la cathédrale Saint-Vincent le 15 mai 1535 avant son deuxième voyage vers le Saint-Laurent. C'est lors de ce voyage qu'il remonta le fleuve jusqu'à Hochelaga (futur Montréal) et qu'il découvrit le site de Stadaconé (futur Québec). Une dalle commémorative dans le sol de la nef marque l'emplacement où il pria avant son départ. Champlain, fondateur effectif de Québec en 1608, suivit son exemple en visitant la cathédrale en 1607.
L'évêque Denis Briçonnet (1480-1545), commanditaire des chapelles Renaissance, fut une figure majeure de l'évangélisme français préréformiste. Frère de Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux et chef du cénacle évangélique de Meaux (fréquenté par Lefèvre d'Étaples, Marguerite de Navarre, Calvin jeune), Denis défendait un catholicisme épuré proche de l'humanisme évangélique. Il fit traduire en français plusieurs textes patristiques et soutint la première Bible française de Lefèvre d'Étaples (1528). Mais il resta dans le catholicisme alors que d'autres évangéliques basculèrent dans la Réforme protestante.
Les bombardements d'août 1944 furent particulièrement violents à Saint-Malo car la garnison allemande du colonel Andreas von Aulock refusa de se rendre malgré l'encerclement. Les B-17 américains larguèrent du napalm et des bombes incendiaires pendant 13 jours sur la cité fortifiée. René Pleven (résistant et futur président du Conseil), né à Saint-Malo, plaida personnellement auprès du général Eisenhower pour épargner la cathédrale — mais la décision militaire fut maintenue. La libération coûta 5 000 morts civils et militaires.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 9h à 18h, entrée libre. Combiner avec la promenade sur les remparts (gratuit) qui offrent une vue exceptionnelle sur la cathédrale, le château de Saint-Malo (musée d'histoire de la ville, payant), et la demeure de Corsaire (gratuit le 1er dimanche). Saint-Malo accessible depuis Rennes en TER (50 min) ou Paris-Montparnasse en TGV (2h30). À marée basse, ne pas manquer le rocher du Grand Bé où repose Chateaubriand (gratuit, accessible à pied).


