À voir
Histoire
La cathédrale Saint-Étienne de Cahors est l'un des plus singuliers édifices religieux du Sud-Ouest français : deux coupoles byzantines coiffent la nef (au lieu des voûtes habituelles), faisant d'elle l'une des rares églises à coupoles d'inspiration orientale subsistant en France — comme Saint-Front de Périgueux, Sainte-Marie de Souillac ou la cathédrale d'Angoulême.
L'édifice principal fut construit entre 1080 et 1135 sous l'évêque Géraud de Cardaillac, dans un style roman aquitain caractéristique : nef à deux coupoles sur pendentifs de 32 mètres de haut, chœur à abside semi-circulaire, façade fortifiée comme un donjon. Cette rusticité défensive s'explique par la position frontière de Cahors entre Languedoc et Aquitaine pendant les guerres médiévales.
L'élément Renaissance majeur est constitué par le cloître Renaissance, érigé entre 1497 et 1515 sous l'évêque Antoine de Lestang (1493-1503) puis ses successeurs. Ce cloître, accolé au flanc nord de la cathédrale, déploie un programme architectural et sculpté exceptionnel : galeries voûtées en croisées d'ogives Renaissance, arcades à colonnettes torses, médaillons à profil antique, rinceaux d'acanthes sur les clefs de voûte, scènes bibliques sculptées. C'est l'un des plus beaux cloîtres Renaissance subsistant en France méridionale.
Cahors, siège épiscopal depuis le IVe siècle, fut au Moyen Âge une puissante cité bancaire : les « Caorsins » (banquiers cadurciens) étaient célèbres dans toute l'Europe pour leur richesse usuraire dénoncée par Dante dans la Divine Comédie (au cercle des usuriers en Enfer !). Cette prospérité bancaire explique la richesse architecturale de la cathédrale.
À voir absolument
- Les deux coupoles byzantines sur pendentifs (XIIe siècle), 32 m de haut, fait architectural rare en France
- Le tympan roman du portail nord (vers 1140), chef-d'œuvre de la sculpture romane occitane, représentant l'Ascension du Christ entouré des apôtres
- Le cloître Renaissance (1497-1515) attribué à Antoine de Lestang, l'un des plus beaux de France méridionale
- Les galeries voûtées du cloître, à arcades à colonnettes torses, médaillons à l'antique, rinceaux Renaissance
- La chapelle Saint-Gausbert dans le cloître, ornée de fresques Renaissance récemment restaurées
- Les stalles Renaissance du chœur (vers 1510), sculptées de figures bibliques et grotesques
- Les vitraux des XIVe-XVIe siècles, partiellement conservés
- Le trésor de la cathédrale (visite payante), avec le saint suaire (relique vénérée depuis le XIIe siècle, probable copie médiévale du suaire de Turin)
- Le buffet d'orgue classique (XVIIe siècle)
Anecdotes & secrets
Les « Caorsins » (banquiers de Cahors) furent au XIIIe siècle les plus puissants prêteurs d'argent d'Europe, rivalisant avec les Lombards et les Templiers. Dante Alighieri, dans la Divine Comédie (1308-1320), les place explicitement en Enfer au cercle des usuriers : « Caorsa e Soddoma » (Cahors et Sodome, identifiées comme villes des damnés économiques). Cette mauvaise réputation médiévale s'explique par la pratique généralisée du prêt à intérêt, alors condamné par l'Église catholique comme usure mortelle. Les Caorsins prêtaient pourtant à des taux modérés (10-15 % annuels) — mais l'Église exigeait alors le prêt gratuit entre chrétiens. Le pape Jean XXII (1316-1334) était lui-même un Caorsin (originaire de Cahors), né Jacques Duèze, qui devint pape malgré (ou grâce à) ses origines financières — paradoxe historique savoureux.
Le « saint suaire de Cahors », vénéré dans la cathédrale depuis le XIIe siècle, est l'une des rares reliques tissulaires médiévales subsistant en France. Il s'agit d'un fragment de tissu de lin réputé avoir entouré la tête du Christ dans le tombeau (suaire facial, distinct du suaire intégral de Turin). Les analyses au carbone 14 menées en 1996 ont daté le tissu entre 1100 et 1200 — donc une copie médiévale plutôt qu'une relique authentique. Mais sa valeur dévotionnelle subsiste.
Le tympan roman du portail nord (vers 1140) est l'un des chefs-d'œuvre absolus de la sculpture romane française, moins connu que ceux de Vézelay, Moissac ou Conques mais d'une qualité comparable. La composition représente le Christ ressuscité montant aux cieux entre deux anges, surmonté de rangées d'apôtres étonnés. Le réalisme expressif des visages — bouches ouvertes, mains tendues, regards stupéfaits — anticipe de trois siècles la sculpture Renaissance.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 9h à 18h, entrée libre. Cloître Renaissance : entrée libre. Trésor : visite payante (5€). Combiner avec la visite du pont Valentré (XIVe siècle, classé UNESCO, gratuit), de la vieille ville médiévale de Cahors (Cité épiscopale du Quercy), et des vignobles AOC Cahors (vin noir, dégustations gratuites). Cahors accessible depuis Toulouse en train (1h20) ou Paris-Austerlitz en train direct (5h). À 30 km : Saint-Cirq-Lapopie, l'un des plus beaux villages de France.



