
« La Chasse au cerf », tableau de Nicolò dell'Abbate
✦ Illustre ✦
Nicolò dell'Abbate
peintre
Contributions & œuvres
Quand Nicolò dell'Abbate franchit les Alpes en 1552, il a déjà tout prouvé à Modène et à Bologne : des façades peintes, une science mondaine du décor. Mais c'est en France, à Fontainebleau, qu'il devient autre chose qu'un virtuose régional. Appelé pour seconder Le Primatice, il met sa main au service des dessins du maître et couvre les murs du château de mythologies fastueuses. La galerie d'Ulysse, immense cycle exécuté d'après Primatice, fut son grand œuvre français : des dizaines de scènes où l'épopée d'Homère se déploie en frises lumineuses. Son audace n'est pas dans le sujet, imposé, mais dans la manière : dell'Abbate y glisse des lointains bleutés, des ciels profonds, une respiration du paysage que la peinture française n'avait jamais osée à cette échelle. Ses toiles mythologiques, l'Enlèvement de Proserpine, le Paysage avec la mort d'Eurydice, l'histoire d'Aristée, inventent presque le paysage classique français. La figure y devient petite, le décor immense ; la nature n'est plus un fond mais un personnage. Un demi-siècle avant Poussin, davantage encore avant Claude Lorrain, dell'Abbate a montré qu'un paysage pouvait porter une émotion, une lumière du soir, une mélancolie. Les grands paysagistes français lui doivent cette leçon venue d'Émilie et mûrie en Île-de-France. La nuance est cruelle : presque toute son œuvre française a disparu. La galerie d'Ulysse fut détruite en 1738 sur ordre de Louis XV, et beaucoup de décors se sont dispersés ou effacés. Ce peintre qui a irrigué le goût français ne subsiste plus, sur place, que par des gravures, quelques toiles et le souvenir des érudits.
Anecdote mémorable
La galerie d'Ulysse fut l'un des plus vastes cycles peints de la Renaissance française : une enfilade où défilaient les aventures du héros grec, du naufrage au retour à Ithaque. Les rois y promenaient leurs hôtes comme dans un livre géant. Elle émerveilla près de deux siècles de visiteurs, puis Louis XV la fit raser en 1738 pour agrandir ses appartements. Il ne resta bientôt d'elle que les gravures de Théodore van Thulden, seuls témoins d'un chef-d'œuvre volatilisé. Aujourd'hui, admirer le dell'Abbate de Fontainebleau, c'est regarder l'ombre d'une œuvre par la porte d'une estampe.
Influences reçues
Le Primatice ; Le Corrège ; l'école de Parme et de Bologne ; Giulio Romano
Influences exercées
Seconde école de Fontainebleau ; le paysage classique français ; Nicolas Poussin ; Claude Lorrain
Importance historique
La période française de dell'Abbate compte parce qu'elle est un pont : elle fait passer l'invention émilienne du paysage dans la tradition qui mènera à Poussin et à Claude. Sans ces murs de Fontainebleau, le paysage français classique aurait eu un autre père. C'est aussi le moment où la seconde école de Fontainebleau prend toute sa richesse : à côté de Primatice l'ordonnateur, dell'Abbate est le coloriste, celui qui donne chair et atmosphère. Son territoire, c'est cet entre-deux fertile où l'Italie du Nord féconde durablement l'art du royaume.
Continuer sur la vie et les créations de Nicolò dell'Abbate en Italie · Modène, v.1509 – Fontainebleau (?), v.1571
