
✦ Illustre ✦
François Rabelais
Auteur de Pantagruel et Gargantua — père du roman humaniste français
« Fais ce que voudras. »
Contributions & œuvres
Moine franciscain puis bénédictin puis prêtre séculier. Médecin à Lyon. Auteur de Pantagruel (1532), Gargantua (1534), Tiers Livre (1546), Quart Livre (1552). Ses romans parodient la scolastique médiévale et prônent l'éducation humaniste (Abbaye de Thélème : 'Fais ce que voudras'). Condamnés par la Sorbonne. Protégé de Marguerite de Navarre, du cardinal Du Bellay, de François Iᵉʳ.
Anecdote mémorable
Voyagea à Rome en déguisement de mendiant pour ne pas être reconnu par l'Inquisition. Publiait sous l'anagramme 'Alcofribas Nasier' (François Rabelais). On dit qu'il mourut en disant 'Je vais chercher le Grand Peut-être' — phrase apocryphe mais belle.
Influences reçues
Érasme (In Praise of Folly). Lucien de Samosate. Humanisme de Budé. Médecine de Galien et Hippocrate.
Influences exercées
Invente la parodie humaniste française. Crée un vocabulaire français immense (néologismes). Influence Montaigne, Cervantès, Molière, Swift, Voltaire, Joyce. 'Rabelaisien' est entré dans toutes les langues.
Importance historique
S'il fallait choisir un écrivain incarnant à lui seul l'esprit de la Renaissance française, ce serait probablement François Rabelais. Moine, médecin, humaniste, voyageur, érudit, helléniste, satiriste et romancier, Rabelais est l'une des personnalités les plus extraordinaires du XVIe siècle. À travers ses géants Gargantua et Pantagruel, il construit une œuvre qui est à la fois :
- une immense comédie ;
- une encyclopédie du savoir de son époque ;
- une critique sociale ;
- un manifeste humaniste ;
- une réflexion sur la liberté. Son influence sur la langue française est comparable à celle de Shakespeare pour l'anglais ou de Cervantès pour l'espagnol.
Une naissance entourée de mystère
François Rabelais naît probablement entre 1483 et 1494 près de la Devinière. La date exacte demeure inconnue. Son père est probablement un notable local relativement aisé. Le jeune François grandit dans la vallée de la Loire, région qui devient alors le cœur battant de la Renaissance française. Il voit émerger :
- les grands châteaux ;
- les nouvelles idées humanistes ;
- les échanges avec l'Italie.
Le moine qui voulait apprendre
Comme beaucoup d'intellectuels de son temps, Rabelais entre dans les ordres. Il devient moine franciscain. Mais rapidement, un problème apparaît. Rabelais est passionné par :
- le grec ;
- les sciences ;
- les textes antiques. Or certains religieux considèrent ces études avec méfiance. Pour eux, la culture antique risque d'éloigner les hommes de la foi. Rabelais pense exactement l'inverse.
La découverte de l'humanisme
L'humanisme transforme alors l'Europe. Sous l'influence de Érasme, les savants veulent revenir aux textes originaux. Ils apprennent :
- le grec ;
- le latin ;
- l'hébreu. Ils relisent :
- Platon ;
- Aristote ;
- Cicéron ;
- les Évangiles. Rabelais adhère pleinement à ce mouvement. Pour lui, l'ignorance est le plus grand ennemi de l'homme.
De moine à médecin
Rabelais quitte finalement la vie monastique stricte. Il étudie la médecine à Montpellier.


L'université est alors l'une des plus prestigieuses d'Europe. Rabelais y devient médecin. Cette formation scientifique influence profondément son œuvre. Contrairement à beaucoup d'écrivains de son temps, il possède une solide culture médicale et anatomique.
Le médecin humaniste
Rabelais exerce notamment à Lyon. À l'époque, Lyon est l'une des grandes capitales intellectuelles européennes. On y trouve :
- des imprimeurs ;
- des savants ;
- des marchands ;
- des humanistes. Rabelais évolue dans cet univers foisonnant. C'est là qu'il commence à écrire ses œuvres les plus célèbres.
Pantagruel
La naissance d'un géant
En 1532 paraît Pantagruel. Le livre raconte les aventures d'un géant. Le succès est immédiat. Les lecteurs adorent :
- l'humour ;
- l'invention verbale ;
- les aventures extravagantes ;
- les références érudites cachées derrière la fantaisie. Rabelais comprend qu'il a trouvé une forme littéraire unique.
Gargantua
Le chef-d'œuvre
Deux ans plus tard paraît Gargantua.


Pour beaucoup, il s'agit du sommet de son œuvre. Sous l'apparence d'un récit comique sur un géant, Rabelais développe une réflexion profonde sur :
- l'éducation ;
- la guerre ;
- la religion ;
- la liberté ;
- le savoir.
L'éducation selon Rabelais
L'un des passages les plus célèbres concerne l'éducation de Gargantua. Rabelais critique violemment l'enseignement médiéval fondé sur :
- la mémorisation ;
- la répétition mécanique ;
- l'autorité aveugle. À la place, il propose une formation complète :
- lecture ;
- observation ;
- sport ;
- sciences ;
- langues ;
- expérience du monde. Cette vision est l'une des expressions les plus abouties de l'humanisme.
L'Abbaye de Thélème
L'épisode le plus célèbre de Gargantua est sans doute celui de l'Abbaye de Thélème. Cette abbaye imaginaire fonctionne selon une seule règle « Fais ce que voudras. » Contrairement aux monastères traditionnels :
- pas de contraintes excessives ;
- pas de règles rigides ;
- pas d'horaires imposés. Rabelais imagine une communauté d'hommes et de femmes libres, instruits et responsables. Pour beaucoup d'historiens, il s'agit d'une utopie humaniste.
Un humour gigantesque
Rabelais est célèbre pour son humour. Mais il ne s'agit pas seulement de farces. Son rire sert à :
- dénoncer les abus ;
- critiquer les fanatismes ;
- ridiculiser l'ignorance ;
- remettre en cause les certitudes. Son œuvre mêle constamment :
- le grotesque ;
- le savant ;
- le populaire ;
- le philosophique. C'est cette richesse qui explique sa longévité.
Le créateur de la langue française
Rabelais enrichit considérablement le français. Il invente :
- des mots ;
- des expressions ;
- des tournures nouvelles. Son vocabulaire est immense. Il emprunte :
- au grec ;
- au latin ;
- aux dialectes régionaux ;
- au langage populaire. Peu d'auteurs ont autant contribué à élargir les possibilités de la langue française.
Les guerres religieuses qui s'annoncent
La vie de Rabelais se déroule dans une période de tensions croissantes. Les idées de la Réforme se diffusent. Les autorités religieuses deviennent méfiantes. Certaines œuvres de Rabelais sont condamnées. Ses livres sont parfois accusés :
- d'irréligion ;
- d'impiété ;
- de moquerie excessive.
Rabelais et la religion
Contrairement à une idée reçue, Rabelais n'est pas athée. Il demeure profondément chrétien. Mais il critique l'hypocrisie, le fanatisme, l'ignorance religieuse. Comme Érasme, il souhaite une foi plus éclairée et plus humaine. Cette position devient difficile à tenir dans une Europe qui se radicalise.
Le Quart Livre et le Cinquième Livre
Les aventures de Pantagruel se poursuivent avec :
- Le Tiers Livre ;
- Le Quart Livre ;
- puis le controversé Cinquième Livre. Le voyage devient progressivement une quête philosophique. Les personnages cherchent la réponse à une grande question : Comment vivre ? Cette interrogation rejoint celle de Montaigne quelques décennies plus tard.
Son profil psychologique
À travers ses écrits apparaît un homme :
- curieux de tout ;
- joyeux ;
- érudit ;
- tolérant ;
- anticonformiste ;
- profondément humaniste. Il croit :
- au savoir ;
- à l'éducation ;
- à la liberté intellectuelle ;
- à la capacité de l'homme à progresser.
Il déteste :
- le fanatisme ;
- l'obscurantisme ;
- les esprits fermés.
Sa mort
Rabelais meurt à Paris en 1553. Les guerres de Religion n'ont pas encore éclaté. Mais les fractures qui vont déchirer la France sont déjà visibles. Son œuvre reste comme l'un des derniers grands monuments de l'optimisme humaniste de la Renaissance.
Son héritage
Rabelais influence profondément :
- Montaigne ;
- Molière ;
- Voltaire ;
- Diderot ;
- Hugo ;
- Balzac. Il devient l'un des pères fondateurs de la littérature française. Son nom donne même naissance à l'adjectif « rabelaisien » qui désigne une joie de vivre débordante, généreuse et parfois excessive.
Rabelais et la Renaissance française
Aucun auteur ne résume mieux les grandes ambitions de la Renaissance :
- apprendre ;
- comprendre ;
- voyager ;
- rire ;
- expérimenter ;
- remettre en question les autorités. Chez lui, le savoir n'est jamais triste. La connaissance est une fête.
Le regard HitsMap
Imaginez la France de François Ier. Partout s'élèvent des châteaux. Les imprimeries diffusent des livres nouveaux. Les savants apprennent le grec. Les artistes redécouvrent l'Antiquité. Au milieu de cette révolution intellectuelle apparaît un homme qui choisit de parler par la bouche de géants. Ces géants mangent, boivent, rient, voyagent et discutent de tout. Derrière leurs aventures extravagantes se cache un message simple : L'homme grandit par la connaissance.
