
Hôtel de ville et fontaine de Tours (place de la Psalette)
Tours · v. 1505-1530
À propos
Récit incarné
Place Plumereau, Tours, un dimanche matin. Les terrasses des cafés commencent à s'animer. Autour de vous, des maisons à pans de bois — colombages noirs et plâtre blanc — qui datent du XVe et XVIe siècle. Tours a gardé son cœur médiéval-Renaissance là où d'autres villes l'ont détruit pour ouvrir de grands boulevards haussmanniens.
Sortez de la place par la rue Briçonnet. Elle longe l'hôtel Briçonnet — un autre hôtel particulier de la première Renaissance tourangelle, avec sa façade italianisante. Tournez dans la ruelle de la Psalette. Là, presque caché entre deux murs, la fontaine de Beaune-Semblançay : une colonne corinthienne cannelée sur un socle carré, couverte de bas-reliefs. C'est pour cette fontaine que Jacques de Beaune de Semblançay a fait venir des sculpteurs de Tours les meilleurs qu'il pouvait trouver — peut-être des élèves de Jean Juste, le sculpteur des tombeaux royaux de Saint-Denis.
La fontaine était dans le jardin de son hôtel, là même où il recevait les ministres du roi, les ambassadeurs d'Italie, les banquiers de Lyon. Aujourd'hui elle est dans une ruelle, sous les fenêtres de deux immeubles d'appartements. La grandeur passe.
Lecture architecturale
La fontaine de Beaune-Semblançay est un monolithe Renaissance en calcaire de Tours (tuffeau) et marbre blanc. Sa colonne cannelée est d'ordre corinthien — le plus ornemental des ordres. Le chapiteau à feuilles d'acanthe est d'une finesse remarquable. Le dôme qui surmonte la colonne, orné de bas-reliefs représentant des figures allégoriques, rappelle les baldaquins des tombeaux royaux de Saint-Denis — même famille stylistique, même atelier probable.
Symboles à observer
1. La colonne cannelée : une colonne corinthienne, cannelures creusées dans le fût, chapiteau à feuilles d'acanthe. C'est la grammaire de l'architecture antique. À Tours vers 1510-1520, c'était une innovation radicale.
2. Les bas-reliefs du dôme : des figures féminines allégoriques, en haut-relief léger, représentent les vertus du commanditaire — Justice, Prudence, Libéralité. Semblançay se définissait par ses vertus publiques. La Justice le fit pendre.
3. L'inscription (si visible) : cherchez une inscription latine sur le socle. Elle célébrait le commanditaire et la date de construction.
Anecdote mémorable
Le jour de la pendaison de Semblançay (12 août 1527), Clément Marot était à Paris et assista peut-être à l'exécution. Il écrivit l'épitaphe du financier : 'Lors que Maillart, qui estoit juge des pauvres, / Menoit pendre à Paris ce vieillard Semblançay, / Lequel de vous deux estoit le plus criminel / Maillart ou Semblançay ?'. Marot insinuait que le juge était plus corrompu que le condamné. Cette épigramme lui valut d'être emprisonné pour outrage à la justice. La fontaine de Tours resta muette.
Contexte historique dense
Jacques de Beaune de Semblançay était le type parfait du financier-mécène de la Renaissance française — un homme qui avait fait sa fortune dans la finance royale et l'utilisait pour construire, décorer, accueillir des artistes. Sa fontaine de Tours était contemporaine des châteaux de la Loire (Chambord commença en 1519), dans le même contexte de ferveur architecturale qui marqua le règne de François Ier. Son arrestation en 1527 — la même année où commençait la construction du Louvre par Lescot — fut un signal d'avertissement pour tous les financiers de la couronne : la fortune du roi prime sur celle de ses serviteurs.
Échos artistiques
Musique : Mignonne, allons voir si la rosede Pierre de Ronsard / Roland de Lassus (poème 1545, mise en musique 1560) — la poésie de la Loire au temps de Semblançay. Peinture :Portrait de Jacques de Beaune de Semblançay (attribution incertaine, quelques images d'archives). Architecture : les tombeaux royaux de Saint-Denis (Jean Juste, 1516-1531) — le modèle stylistique de la fontaine.
Pour aller plus loin
- Cloître de la Psalette (Tours) — à 100 mètres.
- Hôtel Briçonnet (rue Briçonnet) — un autre hôtel Renaissance de Tours.
- Château d'Amboise (20 km) — la résidence royale de François Ier.
Localisation
47.3958, 0.6867 · Tours

