
Fontaine de Beaune-Semblançay
Tours · v. 1515-1525
À propos
Récit incarné
Ruelle longeant la mairie de Tours, derrière la cathédrale. La fontaine de Beaune-Semblançay est là — posée contre un mur, dans un espace public discret. Une colonne corinthienne cannelée sur un socle carré, surmontée d'un baldaquin ajouré. Autour de la colonne, un bassin circulaire en pierre calcaire — aujourd'hui sans eau.
C'est l'une des plus belles fontaines Renaissance de France — et l'une des moins connues. Pas de queue de touristes, pas de barrière, pas de panneau voyant. Juste la fontaine et vous. Et, si vous regardez bien, les bas-reliefs du socle.
Approchez-vous. Les figures en haut-relief sont d'une finesse étonnante pour une fontaine de jardin. Des Victoires aux ailes déployées, des Renommées soufflant dans leur trompette, des génies portant des guirlandes. Ce vocabulaire allégorique — les mêmes figures qui ornent les tombeaux royaux de Saint-Denis — dit que Semblançay voulait une fontaine royale dans son jardin. Une façon d'affirmer sa dignité : le financier du roi traite son jardin comme un jardin de roi.
Lecture architecturale
La Fontaine de Beaune-Semblançay est un monolithe en tuffeau de Tours (calcaire tendre blanc-crème des carrières tourangelles). La colonne corinthienne est cannelée — ses sillons verticaux capturent la lumière et donnent du mouvement au fût. Le chapiteau à feuilles d'acanthe est d'une exécution soignée. Le baldaquin — petite architecture circulaire ajourée — qui surmonte le chapiteau est le morceau le plus élaboré : ses colonnettes, ses arcs, ses nervures imitent l'architecture des ciboires liturgiques. Le socle carré est orné de bas-reliefs sur trois faces — figures allégoriques en haut-relief d'une grande qualité.
Symboles à observer
1. Les Victoires ailées : dans les bas-reliefs du socle, des figures féminines ailées portant des couronnes de laurier ou des palmes. Ce sont les Victoires romaines — les 'Nikè' de la tradition antique. Semblançay se plaçait sous le signe de la victoire.
2. Le chapiteau corinthien : les feuilles d'acanthe du chapiteau. Cherchez l'hélice centrale — la petite volute qui surgit entre les feuilles du chapiteau corinthien. C'est l'élément le plus difficile à sculpter correctement.
3. Le baldaquin : la petite architecture qui surmonte la colonne. Ses arcs nervurés imitent les baldaquins des autels et des tabernacles — Semblançay sacralise sa fontaine.
4. Le bassin circulaire : le bassin en pierre calcaire, aujourd'hui sans eau. Imaginez-le avec l'eau qui débordait de la colonne — la fontaine jouant, le jardin vivant autour.
Anecdote mémorable
François Ier, qui avait ruiné Semblançay en le faisant pendre pour récupérer ses dettes, avait une conscience. Ou peut-être pas — mais en tout cas, il conserva la fontaine du jardin de Semblançay telle quelle, sans la faire détruire. Peut-être parce qu'elle était trop belle. Peut-être parce qu'il était gêné. La fontaine que le surintendant avait fait construire pour recevoir le roi en beauté était maintenant propriété du roi qui l'avait fait pendre. L'ironie de l'histoire.
Contexte historique dense
Jacques de Beaune de Semblançay (v.1457-1527) incarnait le type du grand financier de la Renaissance française — un homme sorti de la bourgeoisie marchande tourangelle qui avait fait sa carrière dans la finance royale, devenant surintendant des finances de Louis XII puis de François Ier. Sa fortune était immense — il possédait des hôtels à Tours, à Paris, des terres dans toute la région. Son jardin à Tours, avec sa fontaine Renaissance, était un lieu de réception royal — il y recevait François Ier lors des passages de la cour dans la vallée de la Loire.
Échos artistiques
Musique : Tant que vivrayde Claudin de Sermisy (1528) — la chanson la plus populaire de la cour de François Ier, contemporaine de la construction de la fontaine. Peinture :Portrait de François Ier de Jean Clouet (Louvre, v.1527) — le roi qui fit pendre le commanditaire de la fontaine. Sculpture : les tombeaux royaux de Saint-Denis (Jean Juste, 1516-1531) — la famille stylistique des bas-reliefs de la fontaine.
Pour aller plus loin
- Cloître de la Psalette (Tours) — à 100 mètres, le cloître Renaissance de la cathédrale.
- Hôtel Goüin (Tours) — la maison Renaissance la plus ornée de Tours.
- Château d'Amboise (20 km) — la résidence royale de la Loire.
Localisation
47.3958, 0.6867 · Tours

