Devant l'œuvre
Pierre Lacour père est le fondateur du musée des Beaux-Arts de Bordeaux — c'est lui que Napoléon désigna pour gérer le premier dépôt d'œuvres en 1803. Mais avant d'être directeur de musée, il était peintre — et cette Vue des quais de Bordeaux est son chef-d'œuvre. Elle représente les quais de Bordeaux au tournant du XIXe siècle, avec la façade néo-classique des bâtiments du XVIIIe siècle, les navires sur la Garonne, les marchands et les passants sur les quais. C'est un document exceptionnel sur Bordeaux à l'apogée de sa richesse commerciale — la ville des négociants de vin et d'esclaves qui avait construit le 'Bordeaux des Lumières' classé aujourd'hui à l'UNESCO.
Symbolisme & lecture iconographique
Les quais de Bordeaux au début du XIXe siècle disent la richesse du commerce atlantique — mais cette richesse avait une source dont Lacour ne parle pas dans son tableau : le commerce triangulaire, dont Bordeaux était l'un des ports les plus actifs. La belle façade néo-classique cache dans ses sous-sols la richesse de la traite négrière. Ce tableau est une image de la prospérité sans la conscience de ses origines.
Analyse des émotions
Cette Vue des quais est un tableau de la richesse et de la fierté bordelaises — la Garonne, les navires, les quais de pierre, les façades néo-classiques qui disent une ville prospère et bien ordonnée. C'est le portrait d'une ville au faîte de sa gloire marchande.
Secrets & mystères
Pierre Lacour fut désigné par Chaptal (ministre de l'Intérieur de Napoléon) pour diriger le dépôt des œuvres à Bordeaux — une nomination qui dit la confiance de l'État napoléonien dans cet artiste local. Il géra les 44 premiers tableaux et ouvrit le premier musée de Bordeaux en 1810. Cette double identité de peintre et de directeur de musée est rare dans l'histoire des musées français — le fondateur créait lui-même des œuvres pour la collection qu'il gérait.
Le saviez-vous ?
Les quais de Bordeaux que Lacour représente sont aujourd'hui classés au patrimoine mondial de l'UNESCO (2007) — avec toute la ville XVIIIe. Cette continuité entre la Bordeaux de Lacour (1804) et la Bordeaux classée UNESCO (2007) dit la permanence de la beauté architecturale face aux transformations économiques et sociales.

