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Vénus pleurant Adonis (ou La Mort d'Adonis)

Peinture

Vénus pleurant Adonis (ou La Mort d'Adonis)

Nicolas Poussin (Les Andelys, 1594–Rome, 1665)

Devant l'œuvre

Ce tableau est l'un des Poussin les plus célébrés de France — et il est à Caen depuis 1802. Peint vers 1626–1627 pour le cardinal Angelo Giori (proche des Barberini, les mécènes du pape Urbain VIII), c'est une des premières grandes peintures mythologiques du jeune Poussin à Rome. Il représente Vénus agenouillée aux côtés du corps inerte d'Adonis, son amant mortel tué par un sanglier lors d'une chasse. Elle verse de son aiguière du nectar sur ses blessures, et des anémones vont surgir de son sang — la fleur née de la mort d'Adonis. Un putto cueille ces fleurs déjà écloses. En fond, un dieu-fleuve endormi personnifie le cours d'eau. La posture d'Adonis — bras étendu, corps allongé — évoque le Christ en croix.

Symbolisme & lecture iconographique

La mort d'Adonis et la naissance des anémones de son sang est l'un des grands récits de la mythologie gréco-romaine sur la métamorphose de la mort en vie — une anémone pour un amant mort. Ce thème de la mort qui génère la vie (la fleur qui naît du sang) est lu dans la tradition chrétienne comme une préfiguration de la mort du Christ qui génère la Résurrection. La posture d'Adonis évoquant le Christ mort dit cette lecture typologique.

Analyse des émotions

La posture d'Adonis — bras étendu, corps renversé, peau d'une blancheur de marbre — crée une émotion de beauté dans la mort. Poussin peint le corps parfait de l'amant mort avec une froideur clinique qui dit quelque chose sur la conception classique du deuil : la douleur est réelle (Vénus agenouillée), mais la beauté du corps mort est celle d'une sculpture, pas d'une décomposition.

Secrets & mystères

Ce tableau fut peint en pendant d'une Mort de Narcisse (aujourd'hui au Louvre) — les deux œuvres formaient un diptyque mythologique sur le thème de la mort et de la renaissance. Les deux sujets sont tirés des Métamorphoses d'Ovide : Narcisse qui se noie dans son reflet, Adonis tué par le sanglier. Ces deux histoires de mort jeune et belle sont emblématiques du programme iconographique des Barberini — des mécènes qui aimaient unir le beau et la mort dans leurs commandes.

Le saviez-vous ?

Pierre Rosenberg, le grand spécialiste de Poussin, présenta ce tableau à l'exposition 'Poussin and Nature' du Metropolitan Museum of Art de New York en 2008 — comme l'un des jalons essentiels de la jeunesse romaine du peintre normand. Ce tableau de Caen voyagea donc à New York pour être reconnu comme chef-d'œuvre mondial — avant de revenir dans son château normand.