Devant l'œuvre
Blois était l'une des résidences de Catherine de Médicis — c'est là qu'elle mourut en janvier 1589, à soixante-neuf ans, quelques semaines après avoir fait assassiner le duc de Guise par son fils Henri III. Ce portrait probable de la reine mère, dans la tradition des Clouet, montre une femme d'une quarantaine d'années dans la sobre élégance des veuves royales — le noir du deuil d'Henri II qu'elle porta jusqu'à sa mort, trente ans durant.
Symbolisme & lecture iconographique
Le port du deuil noir permanent par Catherine de Médicis après la mort d'Henri II était à la fois sincère et politique. Sincère : elle aimait genuinement son mari, malgré l'humiliation de Diane de Poitiers. Politique : porter le deuil perpétuel l'identifiait au roi mort, lui donnait une légitimité que sa naissance florentine ne lui conférait pas.
Analyse des émotions
Catherine de Médicis est l'une des personnalités les plus difficiles de la Renaissance française — haïe par les protestants (qui lui imputèrent la Saint-Barthélemy), adulée par les catholiques, incomprise par les historiens jusqu'au XXe siècle. Ce portrait — si c'est bien elle — montre une femme ordinaire qui porta un destin extraordinaire. La médiocrité de l'apparence physique (que les contemporains notaient) contraste avec la puissance politique réelle.
Secrets & mystères
L'identification des portraits de Catherine de Médicis est une entreprise délicate : la reine était représentée des dizaines de fois par les peintres de cour, et les copies circulaient dans toute l'Europe. Il existe des portraits 'certifiés' (avec inscriptions ou provenances documentées) et des portraits 'probables' (identifiés par comparaison de traits). Celui de Blois appartient à la seconde catégorie. La question 'est-ce vraiment elle ?' reste suspendue.
Le saviez-vous ?
Catherine de Médicis apporta en France plusieurs innovations culinaires et culturelles dont on lui attribue la paternité avec plus ou moins de certitude : la fourchette à table, les macarons, les hauts talons, le ballet de cour, les parfums de Grasse. Ces attributions sont souvent exagérées ou inventées — mais elles disent quelque chose de réel : une Médicis en France, c'était l'Italie de la Renaissance qui entrait dans les manières françaises.

