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Portrait équestre de Madame de Saint-Baslemont

Peinture

Portrait équestre de Madame de Saint-Baslemont

Claude Déruet (Nancy, 1588–1660)

Devant l'œuvre

Ce portrait équestre est l'une des images les plus singulières du musée — et l'une des plus rares dans toute la peinture française : une femme à cheval, en armure, dans la pose d'un général victorieux. Madame de Saint-Baslemont (Alberte Barbe d'Ernécourt, 1607–1660) n'était pas une militaire de profession — c'était une femme de la noblesse lorraine qui, pendant la guerre de Trente Ans et les occupations militaires successives (Français, Suédois, Impériaux), prit les armes pour défendre ses terres et ses paysans. Elle organisa la résistance armée dans ses domaines, guerroya à la tête de ses hommes, et fut surnommée 'l'Amazone de la Meuse'. Claude Déruet la peint avec tous les attributs de la gloire militaire masculine — le cheval caraçonné, l'armure, le paysage de bataille en fond.

Symbolisme & lecture iconographique

Le portrait équestre est depuis l'Antiquité (Marc-Aurèle au Capitole) la forme de représentation du pouvoir militaire et politique absolue. En commandant à Déruet un portrait équestre — genre réservé aux rois, aux généraux, aux princes — Alberte Barbe d'Ernécourt revendique une égalité de traitement symbolique avec les grands de son époque. C'est un manifeste féministe avant la lettre.

Analyse des émotions

Ce portrait équestre provoque une double réaction : l'admiration devant la maîtrise de Déruet (le cheval en mouvement, le paysage de fond, l'armure lumineuse) et la surprise devant le sujet — une femme en armure sur un cheval de guerre. Cette surprise dit quelque chose sur nos attentes genrées : un portrait équestre est supposé représenter un homme. Madame de Saint-Baslemont refuse cette convention.

Secrets & mystères

Alberte Barbe d'Ernécourt, dame de Saint-Baslemont, est l'une des personnalités féminines les plus extraordinaires de l'histoire lorraine — et l'une des moins connues. Sa résistance armée pendant la guerre de Trente Ans (les guerres qui dévastèrent la Lorraine entre 1618 et 1648) est documentée dans des archives locales. Ce portrait équestre de 1646, commandé quand la guerre battait encore son plein, est à la fois un portrait de gloire et un acte politique : une femme qui s'affirme l'égale de tout général masculin.

Le saviez-vous ?

Claude Déruet fut peintre officiel des ducs de Lorraine pendant plusieurs décennies — portraitiste, décorateur, peintre de cour polyvalent. Ses peintures sont inégales en qualité — certaines sont conventionnelles et plates, d'autres surprennent par leur vivacité. Ce portrait de Madame de Saint-Baslemont est de ses meilleures œuvres : la commande exceptionnelle a visiblement stimulé son talent.