HitsMap
La Vierge à l'Enfant, Rogier van der Weyden

✦ Peinture ✦

La Vierge à l'Enfant

Rogier van der Weyden

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce petit panneau est l'un des trésors absolus du musée — et l'une des rares œuvres de Rogier van der Weyden conservées en France. La Vierge Marie est représentée de face, assise, à mi-corps, tenant l'Enfant Jésus nu sur ses genoux. L'Enfant esquisse un geste de bénédiction de la main droite. La Vierge baisse les yeux vers lui, mains jointes en recueillement. Elle porte une robe de velours vert foncé bordée de pierreries sous un manteau rouge sombre, un voile blanc autour des cheveux châtains. Un sein en partie dénudé est effleuré par la joue de l'Enfant. Ce tableau est caractéristique de la révolution picturale des Primitifs flamands que l'historien Erwin Panofsky appela 'ars nova' — l'art nouveau du XVe siècle qui rompit avec le gothique pour introduire la lumière réelle et le naturalisme dans la peinture religieuse.

Symbolisme & lecture iconographique

Le sein de la Vierge effleuré par la joue de l'Enfant dit plusieurs choses simultanément : la maternité réelle (la Vierge nourrit son enfant), la dévotion (le corps de la Vierge comme corps donné), et l'humanité du Christ (il a un corps d'enfant qui a besoin de sa mère). Le 'lac Virginis' — le lait de la Vierge — est dans la théologie médiévale un symbole de la transmission de la grâce divine.

Analyse des émotions

Cette petite Vierge crée une intimité immédiate — le recueillement de la mère, la douceur de l'Enfant, la lumière froide et précise qui modèle les visages. C'est la prière privée rendue visible. Rogier van der Weyden peint ici la relation la plus douce qu'il puisse imaginer — une mère et son enfant dans la lumière de l'amour.

Secrets & mystères

Ce panneau formait originellement un diptyque avec un Portrait de Laurent Froimont, aujourd'hui aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. Les deux panneaux étaient articulés — la Vierge à gauche, le donateur agenouillé à droite — et se fermaient ensemble pour la prière privée. Séparés à une date inconnue, les deux moitiés du diptyque sont aujourd'hui dans deux pays différents. Le tableau passa par la collection du cardinal Fesch (oncle de Napoléon, grand collectionneur à Rome), fut acheté par Bernard Mancel à Rome lors de la vente de la collection Fesch en 1845, et légué à Caen en 1872.

Le saviez-vous ?

Pierre-Bernard Mancel (1798–1872), le libraire caennais qui légua ce tableau à sa ville natale, fit deux voyages à Rome en 1843 et 1845 pour assister aux ventes de la collection du cardinal Fesch. Ces ventes dispersèrent l'une des plus grandes collections de primitifs italiens et flamands d'Europe — le cardinal Fesch, amateur éclairé, en possédait plus de 16 000 tableaux. Mancel acquit une Vierge de Van der Weyden et un Saint Jacques de Cosimo Tura — deux des plus belles pièces de sa collection.

Sources

  1. 1.Musée des Beaux-Arts de Caen
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

👤

Rogier van der Weyden

Tournai, v.1400 – Bruxelles, 1464

Peintre officiel de la ville de Bruxelles ; l'un des trois fondateurs, avec Van Eyck et le Maître de Flémalle, de la peinture flamande.

Rôle : peintre

Formé à Tournai, sans doute auprès de Robert Campin, Rogier devient dès 1435 le peintre attitré de Bruxelles, capitale des ducs de Bourgogne. Son art unit la minutie flamande à une puissance dramatique inédite : dans la « Descente de Croix » du Prado, les figures s'agencent comme sur un bas-relief, chaque geste, chaque regard concourant à une même émotion, retenue et bouleversante. Ses compositions — Vierges tendres, portraits d'une gravité intense, grands retables de la Passion — furent copiées de l'Espagne à l'Allemagne, gravées, imitées, apprises par cœur dans les ateliers. La France conserve à Caen une « Vierge à l'Enfant » où se lit toute sa science : la tendresse maternelle saisie sans mièvrerie, dans une paix grave. Sa manière devint une grammaire universelle du sentiment.

Origine : Tournai, comté de Hainaut

Voir la fiche complète du peintre →

À voir aussi