Devant l'œuvre
Ce portrait de la comtesse de Baussancourt fut peint par Élisabeth Vigée Le Brun en 1830 — quand la peintre avait 75 ans. Vigée Le Brun est l'une des peintres les plus célèbres de l'histoire française — portraitiste officielle de Marie-Antoinette (dont elle fit plus de vingt-cinq portraits), elle émigra à la Révolution, voyagea en Europe (Italie, Russie, Angleterre, Suisse) pendant vingt ans, et rentra en France sous l'Empire. Ce portrait tardif (1830) dit la longévité et la maîtrise d'une femme qui peignit pendant plus de soixante ans.
Symbolisme & lecture iconographique
Le portrait de femme par une femme est un acte particulier dans l'histoire de la peinture — une femme qui regarde une autre femme et la représente dit quelque chose sur la façon dont une femme voit et est vue, different du regard masculin conventionnel.
Analyse des émotions
Ce portrait de 1830 dit quelque chose sur la continuité du talent à travers les âges — Vigée Le Brun peignit jusqu'à la fin de sa vie avec la même maîtrise qu'elle avait montrée à 25 ans. La touche est plus sage, peut-être, mais la psychologie du portrait reste aiguë.
Secrets & mystères
Vigée Le Brun est l'un des cas les plus fascinants de l'histoire des femmes artistes — elle fut élue à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1783 (la même année que Adélaïde Labille-Guiard), malgré les résistances des académiciens masculins. Son admission fut une exception — la règle était d'exclure les femmes. Elle rédigia ses Souvenirs (publiés en 1835–1837, soit quand elle avait 80 ans) qui sont l'un des documents les plus vivants sur la vie artistique de l'Ancien Régime et de l'émigration.
Le saviez-vous ?
Vigée Le Brun mourut à Paris en 1842, à 86 ans — après avoir traversé l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Elle avait connu Marie-Antoinette personnellement (une de ses amies), vu la guillotine travailler sur les places publiques de Paris, été reçue dans toutes les cours d'Europe. Sa vie est un roman du XVIIIe et XIXe siècles à elle seule.

