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Nature morte à la coupe d'abricots

Peinture

Nature morte à la coupe d'abricots

Lubin Baugin (Pithiviers, v. 1610–Paris, 1663)

Devant l'œuvre

Cette petite peinture sur bois est l'une des quatre natures mortes connues de Lubin Baugin — et probablement la plus ancienne. Une coupe à godrons vert-de-gris s'ouvre pour présenter une pyramide d'abricots surmontée d'une branche avec des feuilles. Fond noir absolu. Lumière venue de gauche. Rien d'autre. Cette sobriété extrême est la signature de Baugin : là où les Flamands entassent les objets, Baugin isole. Là où les Hollandais multiplient les textures, Baugin simplifie. Le résultat est une méditation silencieuse sur la présence des choses — qui annonce Chardin d'un siècle.

Symbolisme & lecture iconographique

Les abricots dans un tableau du XVIIe siècle sont probablement porteurs d'un symbolisme religieux — le fruit doré associé à la douceur divine, peut-être à l'Eucharistie (le fruit comme corps offert). Mais Baugin ne force jamais la lecture symbolique : ses natures mortes peuvent être lues comme des méditations religieuses ou comme des exercices de perception pure. C'est cette ambivalence qui fait leur modernité.

Analyse des émotions

S'arrêter devant cette minuscule nature morte dans la grande salle du XVIIe siècle, c'est une expérience de réduction — après les grands formats de Rubens et de Le Brun, ce petit bois de 37 cm sur 49 demande de s'approcher, de baisser la voix intérieure, de regarder autrement. La coupe et les abricots imposent leur présence dans le silence.

Secrets & mystères

En août 2025, une cinquième nature morte de Baugin a été découverte et vendue aux enchères à Vichy pour un prix record — une Nature morte aux financiers inédite. Le corpus de Baugin passe donc de quatre à cinq natures mortes connues. Rennes possède celle qui est probablement la plus ancienne de la série. Les quatre autres sont au Louvre (deux), à la Galleria Spada de Rome, et cette nouvelle à Vichy. Ces cinq tableaux sont tout ce qu'on sait de Baugin comme peintre de natures mortes — le reste de son œuvre est constitué de peintures religieuses dans le style de Simon Vouet.

Le saviez-vous ?

Lubin Baugin fut reçu maître peintre en 1629 dans la corporation de Saint-Germain-des-Prés — le quartier parisien où travaillaient de nombreux peintres flamands installés en France. C'est dans ce milieu flamand que Baugin développa son goût pour la nature morte. Puis il voyagea en Italie (vers 1632–1640) et sa peinture évolua vers un style religieux plus italianisant. Les natures mortes appartiennent à sa jeunesse parisienne — et furent oubliées jusqu'à leur redécouverte en 1960 par Charles Sterling.