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L'Enlèvement d'Europe

Peinture

L'Enlèvement d'Europe

Jean Cousin le Fils (Sens, v. 1522–Paris, 1594/1595)

Devant l'œuvre

Ce tableau a eu une vie d'abord blaisoise, puis musée. Il décorait la cheminée d'un hôtel particulier de la rue du Vieux-Pont à Blois — bombardé et détruit en 1940. L'œuvre avait été heureusement prélevée avant la destruction. Elle représente Jupiter transformé en taureau blanc pour séduire la princesse Europe et l'enlever vers la Crète. Le thème mythologique léger, traité avec une grâce maniériste caractéristique de l'école de Fontainebleau, était parfait pour un dessus de cheminée aristocratique : savant mais pas austère, érotique mais pudique, antique mais moderne.

Symbolisme & lecture iconographique

L'Enlèvement d'Europe est l'un des mythes ovidiens les plus représentés à la cour des Valois — non seulement pour sa légèreté érotique mais pour son contenu géopolitique : Europe, enlevée de ses rives méditerranéennes orientales, fonda la civilisation grecque et donc européenne. Jupiter-taureau est ici le vecteur d'une translatio d'Est en Ouest qui fonde la civilisation occidentale. Un dessus de cheminée très chargé symboliquement.

Analyse des émotions

La légèreté maniériste de ce tableau est caractéristique de l'art de cour français sous les derniers Valois : une élégance désinvolte, des corps allongés aux proportions impossibles, des coloris nacrés et irisés. L'Enlèvement d'Europe ne cherche pas à émouvoir — il cherche à plaire, à faire montre de savoir mythologique tout en proposant un nu féminin acceptable dans un cadre domestique aristocratique.

Secrets & mystères

Jean Cousin le Fils est souvent confondu avec son père Jean Cousin l'Ancien (auteur d'Eva Prima Pandora au Louvre). Le fils, qui continua l'atelier paternel, a produit des œuvres d'une qualité inégale — et plusieurs attributions restent discutées. Ce tableau fut longtemps attribué au Primatice avant que des études récentes ne le rendent à Jean Cousin le Fils. L'histoire des attributions du musée de Blois est émaillée de telles révisions : plusieurs tableaux catalogués sous des noms italiens célèbres se sont révélés être d'artistes français de second rang — ou inversement.

Le saviez-vous ?

L'hôtel particulier qui abritait ce tableau, rue du Vieux-Pont à Blois, fut détruit lors du bombardement allié de juin 1940 qui ravagea une grande partie de la ville. Ce bombardement — dont on a parfois contesté la nécessité militaire — détruisit plusieurs centaines de maisons anciennes et quelques-unes des plus belles demeures Renaissance de Blois. L'œuvre survécut, la maison non.