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Peinture

Le Reniement de saint Pierre

Georges de La Tour (Vic-sur-Seille, 1593–Lunéville, 1652)

Devant l'œuvre

Ce tableau est exceptionnel dans l'œuvre de La Tour pour une raison technique précieuse : il est signé et daté — 'GDL Tour faciebat 1650'. C'est l'un des rares tableaux de La Tour signés et datés, ce qui en fait une pierre angulaire pour la datation de tout l'œuvre. Il représente la scène évangélique du Reniement de Pierre : la nuit de l'arrestation de Jésus, Pierre est interpellé par une servante ('Tu étais avec lui ?') et nie trois fois connaître son maître — avant que le coq ne chante. La bougie tenue par la servante éclaire les deux visages en pleine ambiguïté — Pierre qui nie, la servante qui insiste.

Symbolisme & lecture iconographique

La lumière de la bougie dans les tableaux nocturnes de La Tour dit toujours quelque chose sur la fragilité de la foi — une lumière fragile dans l'obscurité. Ici, la bougie tenue par la servante qui interpelle Pierre est la lumière de la vérité face au mensonge de Pierre. La servante est celle qui dit la vérité, Pierre est celui qui ment.

Analyse des émotions

Ce tableau dit quelque chose d'universel sur la lâcheté et la trahison — Pierre, l'apôtre chef, renie son maître trois fois pour éviter le danger. La honte visible sur son visage dit la conscience de la faute en train de se commettre. La servante, elle, dit simplement la vérité — sans jugement, comme quelqu'un qui observe.

Secrets & mystères

La signature et la date (1650) de ce tableau sont d'une importance capitale pour l'histoire de l'art. La Tour mourut en 1652 — ce tableau est donc l'une de ses dernières œuvres. Son attribution confirmée permit, par comparaison stylistique, de reconstituer les œuvres de sa carrière entière. Sans ce tableau signé daté, la reconstitution du corpus de La Tour (moins de 50 tableaux certains au monde) aurait été encore plus difficile.

Le saviez-vous ?

Gerrit van Honthorst à Rouen peignit lui aussi le Reniement de saint Pierre (voir ROU-009) — dans un style caravagesque proche de La Tour. Les deux tableaux permettent une comparaison entre le traitement hollandais (Honthorst) et lorrain (La Tour) du même sujet — même source d'inspiration (le Caravage), résultats différents. La Tour est plus sobre, plus intime, moins dramatique que Honthorst.