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L'Adoration des bergers

Peinture

L'Adoration des bergers

Pierre Paul Rubens (Siegen, 1577–Anvers, 1640)

Devant l'œuvre

Rubens en 1615 est au sommet de son art et au sommet de sa gloire anversoise. L'Adoration des bergers qu'il peint cette année-là pour un commanditaire privé est une de ses grandes compositions baroque : une masse de corps en mouvement autour de l'Enfant dans sa crèche, une lumière venue de l'Enfant lui-même qui éclaire les visages des bergers éblouis. Les pasteurs ont les mains et les visages rudes des travailleurs flamands — Rubens prend ses modèles dans la réalité du peuple, comme le Caravage, mais avec une chaleur et une jubilation que le Caravage n'a pas. C'est Noël dans les Flandres du XVIIe siècle.

Symbolisme & lecture iconographique

L'agneau blanc au premier plan de l'Adoration des bergers (fréquent dans les représentations de la Nativité) est l'Agnus Dei — 'l'Agneau de Dieu' — le symbole du Christ sacrifié. La naissance et la mort se rejoignent dans un seul geste : les bergers qui apportent leur agneau à la crèche apportent symboliquement le futur sacrifice.

Analyse des émotions

La lumière venue de l'Enfant Jésus — ce dispositif théologique qu'on appelle 'lux ex tenebris' (la lumière dans les ténèbres) — crée dans les tableaux de Rubens une chaleur physique qu'on ressent presque. Les visages des bergers sont illuminés de l'intérieur — pas simplement éclairés de l'extérieur. C'est la lumière de la foi, pas la lumière du soleil.

Secrets & mystères

Ce tableau est l'un des nombreux Rubens saisis en Flandres par les armées napoléoniennes et envoyés en France. Il ne revint pas à Anvers en 1815 — contrairement à plusieurs œuvres que Napoléon fut contraint de restituer. La question de la 'dette napoléonienne' à Anvers, Bruges et Gand reste ouverte : des centaines d'œuvres flamandes sont encore dans des musées français deux siècles après leur saisie.

Le saviez-vous ?

Rubens mourut en 1640 d'une crise cardiaque à Anvers. Il avait 62 ans, était chevalier, diplomate, propriétaire d'un château, père de huit enfants, et l'artiste le plus riche d'Europe. Il gérait un atelier de plusieurs dizaines d'assistants et produisit plus de 1500 tableaux — dont la plupart furent exécutés partiellement par ses collaborateurs d'après ses esquisses. Savoir 'combien de Rubens dans un Rubens' est l'une des grandes questions non résolues de l'histoire de l'art flamand.