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La Descente de Croix, Jacopo Robusti dit le Tintoret

✦ Peinture ✦

La Descente de Croix

Jacopo Tintoretto, dit Le Tintoret

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Cette Descente de Croix du Tintoret est une esquisse préparatoire — 'l'aspect inachevé indique le statut d'étude préparatoire, peut-être pour un plafond' dit la notice du musée. Mais cette liberté d'exécution est précisément ce qui rend ce tableau exceptionnel : on voit le Tintoret travailler, chercher, construire. La touche est rapide, les contours flous dans les zones non finies, la couleur posée en masses larges. La spontanéité d'exécution révèle la vivacité de l'artiste dans le dessin sous-jacent. Ce tableau eut un illustre admirateur : Delacroix en fit une copie — malheureusement perdue. Quand Delacroix copie le Tintoret, c'est le romantisme qui se reconnaît dans le baroque vénitien.

Symbolisme & lecture iconographique

La gamme chromatique sourde de cette Descente de Croix — bleue, rouge, ocre — rapproche le Tintoret de son contemporain Véronèse, dont il partageait l'usage des couleurs répétées pour conduire le regard. Ces teintes répétées (le bleu du linceul et celui du manteau de la Vierge, les rouges de plusieurs personnages) créent une structure visuelle invisible qui guide vers le corps du Christ.

Analyse des émotions

Une esquisse du Tintoret a une énergie que ses grandes compositions finies n'ont pas toujours — la pensée est visible, le mouvement est direct, la lumière est cherchée plutôt que posée. Ce tableau est le Tintoret en action plutôt que le Tintoret accompli.

Secrets & mystères

Que Delacroix ait copié cette esquisse du Tintoret — et que la copie soit perdue — est un des mystères de l'histoire de l'art romantique français. Delacroix cherchait dans le Tintoret la leçon de la touche libre et de la couleur expressive — ce que le Tintoret avait inventé et que le XIXe siècle romantique réinventait à sa façon. La copie perdue de Delacroix serait un document précieux de cette filiation.

Le saviez-vous ?

Le Tintoret et Véronèse furent les deux grands rivaux de la peinture vénitienne après la mort de Titien (1576). Leurs styles sont radicalement différents : Véronèse, festif et coloré ; Tintoret, dramatique et ombrageux. Mais tous deux travaillèrent ensemble à la décoration de la Scuola di San Rocco à Venise — le plus grand ensemble de peintures murales de la Renaissance vénitienne.

Sources

  1. 1.Musée des Beaux-Arts de Caen
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

Jacopo Tintoretto, dit Le Tintoret

Jacopo Tintoretto, dit Le Tintoret

1518-1594

Peintre

Rôle : Le Tintoret, « Il Furioso »

On l'appelait « Il Furioso », le furieux, et le surnom disait tout : chez le Tintoret, la peinture est de l'énergie pure. Là où ses contemporains vénitiens cherchaient l'équilibre et la douceur, lui précipite les corps dans l'espace, tord les perspectives, plonge le regard depuis des points de vue impossibles. Ses compositions donnent le vertige : figures raccourcies vues d'en dessous ou lancées en diagonale, foules qui s'enfoncent vers un lointain profond, gestes suspendus en plein élan. Il ne peint pas une scène, il l'anime.

Sa signature la plus reconnaissable, c'est la lumière. Le Tintoret travaille dans l'ombre pour mieux y faire éclater des traits de clarté — des éclairs blancs qui déchirent la pénombre, sculptent un visage, révèlent un bras tendu, puis se perdent. Cette manière dramatique, presque théâtrale, tranche avec la lumière égale et sereine de la peinture vénitienne de son temps. Elle donne à ses toiles une intensité spirituelle et une tension qui annoncent le siècle suivant.

Autre audace, celle de la main : le Tintoret peint vite, avec une rapidité qui stupéfiait ses contemporains. Une exécution foudroyante, une touche large et libre, qui laisse voir le geste plutôt que de le lisser. Cette vitesse lui permettait d'attaquer des surfaces immenses et d'accepter des commandes que d'autres auraient jugées démesurées.

Son grand œuvre est l'immense cycle décoratif de la Scuola Grande di San Rocco, à Venise — des dizaines de toiles couvrant murs et plafonds, entreprises sur plus de deux décennies, que l'on a surnommées sa « Sixtine vénitienne ». C'est là, dans cet ensemble monumental de scènes bibliques traversées de lumière et de mouvement, que se déploie le mieux sa vision : celle d'un peintre qui voulait, comme le disait sa devise, joindre le dessin de Michel-Ange à la couleur de Titien.

Origine : Venise

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