Devant l'œuvre
Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse (1600–1679), est l'une des femmes politiques les plus agitées de la France du XVIIe siècle — amie d'Anne d'Autriche, conspiratrice contre Richelieu, exilée plusieurs fois, refugiée à la cour de Lorraine pendant ses disgrâces françaises. Ce portrait par Déruet la représente en Diane chasseresse — la déesse vierge et guerrière, attribut mythologique de la beauté et de l'indépendance féminine. Comme la Diane de Clouet à Rouen qui représentait peut-être Diane de Poitiers, cette Diane de Déruet dit la revendication d'une femme de pouvoir qui refuse le rôle conventionnel de la féminité soumise.
Symbolisme & lecture iconographique
Diane chasseresse — vierge, indépendante, armée — est le masque mythologique que les femmes de pouvoir de la Renaissance et du XVIIe siècle utilisent pour revendiquer une liberté que la société ne leur accorde pas formellement. De Diane de Poitiers à la duchesse de Chevreuse, cette iconographie est un langage codé de la résistance féminine.
Analyse des émotions
Ce portrait en Diane dit quelque chose de la double vie des femmes de la cour du XVIIe siècle : officiellement soumises à leurs époux et au roi, officieusement actives en politique, en intrigue et en diplomatie. Déruet peint la façade mythologique derrière laquelle la réalité politique se cache.
Secrets & mystères
Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, fut l'une des grandes conspiratices du règne de Louis XIII — elle trempa dans toutes les intrigues contre Richelieu et fut exilée plusieurs fois. Ses séjours à la cour de Lorraine de Charles IV lui permirent d'intriguer depuis l'étranger. Ce portrait de Déruet fut peint pendant l'un de ces séjours lorrains — peut-être en 1630, quand elle fuyait la colère de Richelieu.
Le saviez-vous ?
Marie de Rohan fut l'amie d'Anne d'Autriche pendant toute sa vie — et les deux femmes conspirèrent ensemble contre Richelieu, puis contre Mazarin. Leurs correspondances secrètes, leurs réseaux d'information, leurs coups diplomatiques faisaient la politique française dans l'ombre. Alexandre Dumas s'inspira de la duchesse de Chevreuse pour plusieurs de ses personnages féminins dans Les Trois Mousquetaires.

