Devant l'œuvre
Odilon Redon est né à Bordeaux en 1840 — et le musée lui consacre un espace particulier comme enfant illustre de la ville. Redon est l'un des grands précurseurs du symbolisme et du surréalisme — ses œuvres en noir (ses 'noirs' — fusain, lithographie) représentaient des monde fantastiques peuplés de créatures entre le rêve et le cauchemar (la série des Yeux, la série de Caliban). Mais à partir des années 1890, il bascula vers la couleur — et ses pastels et huiles de fleurs, de femmes et de paysages sont d'une explosion coloristique étincelante. Ces Coquelicots représentent des fleurs dans un vase avec une liberté de couleur et de touche qui annonce directement Matisse et les Fauves.
Symbolisme & lecture iconographique
Pour Redon, les fleurs n'étaient pas de simples motifs décoratifs — il disait que les fleurs 'parlent de la nature profonde des choses, de leur mystère'. Dans sa pensée symboliste, la fleur est une forme naturelle qui dit quelque chose sur la condition humaine — sa beauté fragile, sa croissance vers la lumière, sa mort rapide.
Analyse des émotions
Les fleurs de Redon sont des objets de pur plaisir visuel — la couleur pour la couleur, l'intensité chromatique sans récit ni programme. Après les années de 'noirs' symbolistes, ces pastels de fleurs disent une libération — Redon qui a traversé le noir et découvert la lumière.
Secrets & mystères
Redon vécut toute sa carrière dans une relative obscurité — reconnu par quelques écrivains symbolistes (Huysmans, Mallarmé) et par un cercle restreint d'amateurs, mais pas célèbre au sens large. Ce n'est qu'après l'exposition 'Vollard' de 1894 et la 'rétrospective' de 1903 que sa notoriété s'élargit. Matisse, Gauguin, Signac l'admiraient profondément — et ses fleurs en couleur influencèrent directement la génération fauve.
Le saviez-vous ?
Odilon Redon était le fils d'un propriétaire terrien du Médoc bordelais — il passa son enfance dans le domaine de Peyrelebade, dans les landes entre Bordeaux et l'Atlantique. Ce paysage — les landes, les pins, la lumière atlantique — imprégna son imagination d'une façon qu'il reconnaissait lui-même. Sa géographie intérieure était bordelaise, même quand il vivait à Paris.

