À voir
Histoire
La prieurale Sainte-Croix-Notre-Dame de La Charité-sur-Loire est l'un des plus extraordinaires monuments clunisiens de France — « seconde fille de Cluny » après l'abbaye-mère elle-même (détruite à la Révolution). Construite entre 1056 et 1107 comme prieurale clunisienne, elle était à son apogée au XIIe siècle l'une des plus grandes églises chrétiennes d'Occident (122 mètres de long, 37 mètres sous voûte — dimensions équivalentes à la basilique de Cluny III, alors la plus grande église chrétienne du monde).
L'édifice fut fondé en 1056 par Gérard de Saint-Aubin, moine clunisien, comme dépendance de Cluny. Le chantier s'étala sur 50 ans (1056-1107), produisant l'un des chefs-d'œuvre absolus du roman bourguignon. L'édifice était au XIIe siècle « seconde fille » de Cluny — c'est-à-dire la deuxième plus grande prieurale de l'ordre clunisien (qui comptait alors 1 184 prieurés à travers l'Europe).
Incendie et reconstruction tronquée : Un gigantesque incendie en 1559 détruisit les 5 premières travées de la nef (sur 8). Les moines clunisiens, endettés, ne purent reconstruire qu'en partie : la nef actuelle ne fait que 48 mètres de long (au lieu des 122 m d'origine). Les vestiges des travées détruites sont encore visibles : arcs effondrés, piliers brisés dans le « Square des Bénédictins » voisin.
L'élément Renaissance se concentre dans :
- les chapelles latérales ajoutées entre 1490 et 1560 sous Charles VIII et François Ier
- la reconstruction partielle post-incendie (1559-1620), à éléments Renaissance
- le portail Renaissance du transept sud (vers 1520-1540)
La Charité-sur-Loire est classée UNESCO depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle (via Lemovicensis).
À voir absolument
- L'élévation romane clunisienne (1056-1107), modèle absolu du roman bourguignon
- Les vestiges de la nef tronquée dans le Square des Bénédictins voisin
- Le tympan de l'Adoration des Mages (XIIe siècle), chef-d'œuvre de la sculpture romane
- Le chœur roman à abside polygonale et déambulatoire
- Les chapelles latérales Renaissance (1490-1560), ornées de retables XVIe
- Le portail Renaissance du transept sud (1520-1540)
- Les chapiteaux historiés romans (XIIe siècle), à scènes bibliques
- Les fresques murales (XIIe-XVIe siècles), partiellement conservées
- Le trésor de la prieurale (visite payante)
- L'emplacement : sur les bords de la Loire, dans la cité historique de La Charité (Plus Beaux Détours de France)
Anecdotes & secrets
La prieurale de La Charité était au XIIe siècle l'une des plus grandes églises chrétiennes du monde : ses dimensions originelles (122 mètres de long, 37 mètres sous voûte, capacité de 5 000 fidèles) la plaçaient au 3e rang mondial derrière l'ancienne basilique Saint-Pierre de Rome (122 m également, démolie en 1506-1626) et l'abbatiale de Cluny III (171 m). La Charité-sur-Loire rivalisait donc avec Rome et Cluny comme « cité religieuse majeure » de l'Europe médiévale. Cette grandeur justifia son surnom de « seconde fille de Cluny » — titre honorifique témoignant de son prestige dans l'ordre clunisien.
Le « nom » de La Charité-sur-Loire vient de la « charité monastique » pratiquée par les moines clunisiens. Au XIIe siècle, plusieurs milliers de pèlerins traversaient annuellement la cité sur la route de Compostelle, et les moines leur offraient asile, nourriture, soins gratuitement dans l'hospice du prieuré. Cette « charité monastique » donna son nom à la cité — fait stupéfiant pour une commune française dont le toponyme témoigne d'une vertu chrétienne.
Jeanne d'Arc assiégea La Charité-sur-Loire entre 24 novembre et 25 décembre 1429 — l'unique siège qu'elle ne réussit pas à enlever. La Charité, place forte des Anglo-Bourguignons (alliés contre Charles VII), résista 31 jours. Jeanne, mal soutenue par les forces royales (Charles VII ne lui envoya ni renforts ni vivres suffisants), dut lever le siège dans la neige et le froid — première défaite militaire de la Pucelle d'Orléans, présage de sa fin tragique 17 mois plus tard (capture à Compiègne en mai 1430, supplice à Rouen en mai 1431, voir fiche #106).
Conseils de visite
Prieurale ouverte tous les jours de 9h à 19h en été (9h-18h hors saison), entrée libre. Visites guidées payantes (6€) en saison. Combiner avec la visite du Square des Bénédictins (gratuit, vestiges de la nef détruite), du musée municipal de La Charité (gratuit), et des rives de la Loire. La Charité accessible depuis Nevers en voiture (30 min) ou TER (20 min). Classée Plus Beaux Détours de France + UNESCO chemins de Saint-Jacques depuis 1998.



