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La Piazza dei Cavalieri de Pise dans son environnement

Monument

La Piazza dei Cavalieri de Pise

Architecture civile·Pise (null)
Façade de La Piazza dei Cavalieri de Pise
Intérieur de La Piazza dei Cavalieri de Pise
Détail de La Piazza dei Cavalieri de Pise

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À voir

La Piazza dei Cavalieri de Pise

À l'écart du triomphe touristique de la Piazza dei Miracoli, la Piazza dei Cavalieri est le cœur politique et symbolique de la Pise médicéenne. Ce qui frappe ici n'est pas le marbre éclatant du Duomo, mais une mise en scène du pouvoir : une place refermée sur elle-même, ordonnée vers 1560-1570 par Giorgio Vasari pour Cosme Ier de Médicis, où chaque façade proclame l'autorité du nouveau grand-duc de Toscane et de son ordre de chevalerie, les Cavalieri di Santo Stefano. Là où battait autrefois le pouls d'une république communale rivale de Florence, Cosme installe un forum au service de sa dynastie.

De la place communale au forum médicéen

Avant les Médicis, l'espace correspondait à la Piazza delle Sette Vie, un carrefour qui aurait été l'un des centres politiques de la commune de Pise, ville portuaire longtemps indépendante avant sa conquête par Florence au XVe siècle. On y trouvait notamment les bâtiments des anciennes magistratures municipales, dont un palais des Anciens (Anziani), l'organe dirigeant de la cité.

Lorsque Cosme Ier verrouille son emprise sur la Toscane, il choisit précisément ce lieu chargé de mémoire communale pour y refonder l'ordre urbain. Le projet, conduit par Vasari, ne se contente pas de rénover : il réécrit. Les édifices de l'autonomie pisane sont refaçonnés, recouverts ou absorbés au profit d'une place vouée à l'ordre grand-ducal. Le geste est éminemment politique — substituer, sur le sol même de l'ancienne liberté municipale, l'image d'une Pise désormais soumise et réorganisée autour de Florence.

Vasari et l'ordre de Santo Stefano

L'ordre des Cavalieri di Santo Stefano (chevaliers de Saint-Étienne) est fondé par Cosme Ier autour de 1561-1562, sous placement pontifical, comme ordre militaire et maritime. Officiellement voué à la lutte contre les corsaires et la flotte ottomane en Méditerranée, il sert aussi les desseins du prince : offrir à la noblesse toscane une institution prestigieuse gravitant autour de la maison de Médicis, et doter le jeune grand-duché d'une marine de guerre.

La Piazza dei Cavalieri devient le siège monumental de cet ordre. Vasari, architecte, peintre et biographe des artistes, y déploie un langage maniériste cohérent : la place tout entière est pensée comme un décor unifié, une scénographie du pouvoir médicéen. Palais, église et statue s'y répondent pour composer un ensemble où l'architecture est mise au service d'un récit dynastique.

Le Palazzo della Carovana : la façade à sgraffites

Pièce maîtresse de la place, le Palazzo della Carovana (dit aussi Palazzo dei Cavalieri) est réaménagé par Vasari vers 1562-1564 sur le corps de l'ancien Palazzo degli Anziani. Son nom viendrait de la « carovana », la période de formation que les jeunes chevaliers devaient accomplir avant leur pleine admission dans l'ordre.

Sa façade est l'un des plus beaux exemples toscans de décor à sgraffites : un enduit gratté qui dessine, en camaïeu, allégories, figures et bustes ainsi que des signes du zodiaque et des armoiries, notamment celles des Médicis. Un large escalier à double volée conduit à l'entrée, accentuant l'effet d'apparat. Les sgraffites visibles aujourd'hui ont fait l'objet de restaurations au fil des siècles, si bien que leur état actuel ne restitue pas nécessairement dans le détail le dessin d'origine.

Depuis le début du XIXe siècle, le palais abrite la Scuola Normale Superiore, l'une des institutions universitaires les plus prestigieuses d'Italie, fondée dans le sillage napoléonien. La haute école a durablement lié son identité à cette façade, faisant de la place un lieu vivant d'étude et non un simple décor figé.

L'église Santo Stefano et les trophées de Lépante

Sur un côté de la place s'élève l'église Santo Stefano dei Cavalieri, l'église conventuelle de l'ordre, également conçue d'après un projet de Vasari dans les années 1560. Sa façade de marbre, achevée plus tardivement, aurait été réalisée d'après un dessin lié à l'entourage du prince ; l'intérieur, à nef unique, présente un riche plafond à caissons peints illustrant des épisodes de l'histoire de l'ordre et de ses combats maritimes.

L'église conserve surtout une mémoire militaire singulière : des bannières, étendards et fanaux pris à la flotte ottomane, en particulier lors de la bataille de Lépante (1571), à laquelle les galères de l'ordre de Santo Stefano participèrent aux côtés de la Sainte-Ligue. Ces trophées suspendus, drapeaux de proue et pavillons de combat, faisaient de l'édifice une sorte de reliquaire de la puissance navale médicéenne. Une partie de ces textiles anciens est fragile et n'est pas nécessairement exposée en permanence dans son état d'origine ; certains éléments présentés pourraient être des copies ou des vestiges restaurés.

Le Palazzo dell'Orologio et la mémoire d'Ugolin

Fermant la place au nord, le Palazzo dell'Orologio (palais de l'Horloge) résulte lui aussi d'une intervention de Vasari, qui réunit d'anciennes constructions médiévales derrière une façade unifiée franchie par une arcade. Ce palais intègre la Torre della Muda, tour où, selon le récit devenu célèbre, le comte Ugolin della Gherardesca aurait été enfermé et laissé mourir de faim avec ses fils et petits-fils à la fin du XIIIe siècle — d'où le surnom de « tour de la Faim » (Torre della Fame).

C'est cet épisode que Dante immortalise dans l'Enfer de la Divine Comédie, dans l'un de ses chants les plus terribles, où Ugolin raconte la lente agonie de ses enfants. Que la mémoire de ce drame médiéval affleure sous une façade médicéenne du XVIe siècle dit toute l'épaisseur du lieu : la scénographie de Vasari se déploie sur un sol saturé d'histoire pisane, communale et dantesque, qu'elle recouvre sans jamais tout à fait l'effacer. La localisation exacte de la tour et le détail des faits relèvent en partie de la tradition, et les récits varient selon les sources.

Ce qu'il faut voir absolument

  • La façade à sgraffites du Palazzo della Carovana : allégories, bustes, zodiaque et armoiries en camaïeu, couronnés par l'escalier d'apparat à double volée.
  • La statue de Cosme Ier de Médicis dressée devant le palais, le grand-duc dominant en armure la place qui porte son ordre — figure de pierre du commanditaire de l'ensemble.
  • L'intérieur de l'église Santo Stefano : plafond à caissons peints et, surtout, les bannières et fanaux ottomans, trophées de Lépante suspendus comme ex-voto de la victoire navale.
  • Le Palazzo dell'Orologio et la Torre della Muda : l'arcade unificatrice de Vasari et, dans la pierre, le souvenir de la « tour de la Faim » d'Ugolin chanté par Dante.
  • La place comme ensemble : prendre le temps d'en lire la scénographie d'ensemble, un décor de pouvoir maniériste conçu d'un seul geste.

Infos pratiques

La Piazza dei Cavalieri est un espace urbain ouvert, librement accessible à toute heure ; elle se situe à quelques minutes de marche de la Piazza dei Miracoli et de la tour penchée, au cœur du centre historique de Pise. Le Palazzo della Carovana étant le siège de la Scuola Normale Superiore, il ne se visite pas librement comme un musée, sauf occasions particulières. L'église Santo Stefano dei Cavalieri se visite ; ses horaires et conditions d'accès sont susceptibles de varier selon la saison et la vie de l'ordre, et il est prudent de les vérifier avant une visite. Les conditions d'accès aux intérieurs, comme les tarifs éventuels, sont à confirmer auprès des sources officielles locales.

Quiz

1. Qui a refaçonné la Piazza dei Cavalieri au XVIe siècle, et pour quel prince ?

  • Filippo Brunelleschi, pour la République de Pise
  • Giorgio Vasari, pour Cosme Ier de Médicis
  • Andrea Palladio, pour la République de Venise

2. Quel ordre de chevalerie avait son siège sur la place ?

  • L'ordre des Cavalieri di Santo Stefano
  • L'ordre du Temple
  • L'ordre de Malte

3. Quelle tour, intégrée au Palazzo dell'Orologio, est associée au récit d'Ugolin chez Dante ?

  • La Torre della Muda, dite « tour de la Faim »
  • La tour penchée de Pise
  • La Torre del Mangia

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Fiche mise à jour le 17 septembre 2026

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