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Le Palazzo Vitelleschi à Tarquinia
Sur les hauteurs de Tarquinia, ancienne Corneto perchée au-dessus de la plaine maremmane, le Palazzo Vitelleschi dresse une silhouette qui hésite, avec grâce, entre deux âges. Édifié vraisemblablement entre 1436 et 1439 pour le cardinal Giovanni Vitelleschi — prélat guerrier au service du pape Eugène IV —, il appartient à cette génération de demeures seigneuriales où le langage gothique tardif, encore présent dans les fenêtres à meneaux et les remplages ajourés, commence à céder devant les ordonnances régulières, les loggias et la clarté nouvelle que la première Renaissance propage depuis la Toscane. Ni tout à fait château, ni palais pleinement classique, l'édifice cristallise un moment de bascule dans l'architecture civile du Latium septentrional. Devenu au XXe siècle le siège du Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense, il abrite aujourd'hui l'un des plus beaux ensembles étrusques d'Italie ; mais sa valeur propre, celle qui nous occupe ici, tient d'abord à ses murs Renaissance, à ce dialogue suspendu entre l'ogive finissante et l'arc en plein cintre naissant.
Le cardinal Giovanni Vitelleschi, commanditaire d'exception
La demeure ne se comprend pas sans la figure hors norme de son commanditaire. Giovanni Vitelleschi, originaire de Corneto — le nom médiéval de Tarquinia —, aurait été l'une des personnalités les plus redoutées de la première moitié du XVe siècle. Homme d'Église et homme de guerre, il aurait mené pour le compte du pape Eugène IV les campagnes destinées à rétablir l'autorité pontificale sur les États de l'Église, alors disputés par les grands lignages féodaux du Latium. Créé cardinal, gratifié du titre de patriarche d'Alexandrie, il aurait accumulé honneurs, terres et pouvoir avec une rapidité qui inquiéta jusqu'à ses protecteurs. Sa fin, brutale — il serait mort en 1440 des suites de son arrestation au château Saint-Ange —, dit assez la fragilité des fortunes fondées sur les armes et la faveur. C'est dans sa ville natale, au faîte de sa puissance, qu'il aurait fait élever ce palais, à la fois demeure de prestige et affirmation dynastique. L'édifice porte ainsi la marque d'un homme de transition, entre la brutalité des condottieres médiévaux et le raffinement des mécènes de la Renaissance.
Le palais entre gothique tardif et Renaissance
L'intérêt majeur du Palazzo Vitelleschi réside dans son statut d'objet-frontière. Construit dans les années 1430, il appartient à une période où l'Italie centrale n'a pas encore uniformément adopté le vocabulaire renaissant élaboré à Florence par Brunelleschi et ses héritiers. À Tarquinia, comme dans une large part du Latium et de la Toscane méridionale, les habitudes gothiques persistent : goût pour les surfaces animées, pour les baies découpées de remplages, pour une certaine verticalité héritée du Moyen Âge finissant. Mais l'édifice n'est pas figé dans ce passé. Sa composition d'ensemble, la recherche d'une régularité dans le rythme des ouvertures, l'introduction de loggias ouvertes témoignent d'une sensibilité nouvelle, tournée vers l'ordonnance et la mesure. Il faut se garder de tout schématisme : plutôt qu'une rupture nette, le palais offre une coexistence, un feuilletage de formes où l'ancien et le nouveau se superposent sans se contredire. Cette ambivalence, loin d'être une faiblesse, fait tout le prix de l'édifice pour l'histoire de l'architecture : il donne à voir, presque en direct, le passage d'un système à l'autre.
La façade et les cours
La façade principale conjugue avec élégance les registres. On y remarquerait des fenêtres à meneaux — les biforeet peut-êtretrifore — dont le dessin conserve la mémoire des remplages gothiques, tandis que l'organisation générale des murs, l'appareil de pierre et le traitement des encadrements annoncent déjà des préoccupations plus classiques. L'articulation entre plein et vide, la manière dont les baies scandent la surface, révèlent le soin apporté à l'équilibre de l'ensemble. Mais c'est peut-être dans les cours intérieures que le caractère du palais s'exprime le plus pleinement. La cour, ordonnée autour d'un espace central, s'ouvre par des loggias superposées dont les arcades reposent sur des colonnes ou des piliers : ce motif de la loggia à étages, cher à l'architecture civile de la Renaissance, transforme la cour close du château médiéval en un lieu de lumière et de perspective. Le regard y circule, les portiques dessinent des ombres régulières, et l'espace acquiert cette qualité d'harmonie mesurée que la Renaissance érige en idéal. Escaliers, galeries et salles voûtées complètent la distribution, offrant un parcours où se lisent les usages d'une grande demeure seigneuriale du Quattrocento.
Le Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense (à distinguer)
Depuis le début du XXe siècle, le Palazzo Vitelleschi accueille le Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense, l'un des sanctuaires de la civilisation étrusque. On y admire notamment les célèbres Chevaux ailés — le grand haut-relief de terre cuite provenant du temple de l'Ara della Regina —, ainsi que sarcophages, céramiques, orfèvrerie et fresques détachées des nécropoles voisines. Il importe toutefois de bien distinguer les deux histoires qui cohabitent sous ce toit. Les collections étrusques relèvent d'une tout autre époque, antérieure de près de deux millénaires à la construction du palais : elles appartiennent à l'Antiquité tyrrhénienne, non à la Renaissance. Selon le principe qui veut qu'« un palais devenu musée reste un palais », la présente fiche porte sur l'édifice du XVe siècle et son architecture, et non sur les trésors qu'il conserve. Le visiteur gagnera à percevoir cette superposition : un écrin renaissant abritant des chefs-d'œuvre d'un monde plus ancien, deux temps de l'histoire de l'art réunis par le hasard heureux d'une réaffectation muséale.
Portée
Le Palazzo Vitelleschi occupe une place singulière dans l'histoire de l'architecture civile italienne. Témoin d'un moment de transition, il éclaire la manière dont les formes de la Renaissance se sont diffusées, non par substitution brutale mais par contamination progressive, jusque dans les villes secondaires du Latium. Comme document sur la carrière du cardinal Vitelleschi, il illustre le rôle des grands prélats-mécènes dans la commande architecturale du Quattrocento. Comme cadre du Museo Nazionale, il assure enfin la conservation et la transmission d'un patrimoine étrusque de premier ordre. Trois strates de sens se superposent ainsi : l'histoire d'un homme, celle d'un style en mutation, celle d'une mémoire archéologique.
Ce qu'il faut voir absolument
- La façade et ses fenêtres à meneaux, où subsiste le dessin des remplages gothiques tardifs.
- Les cours intérieures et leurs loggias superposées, expression aboutie du goût renaissant pour la lumière et la perspective.
- Les escaliers et galeries qui structurent la distribution d'une grande demeure seigneuriale du XVe siècle.
- Le contraste, lisible dans le bâti, entre héritage gothique et ordonnance renaissante.
- Les Chevaux ailés, haut-relief étrusque en terre cuite conservé dans le musée (collection à distinguer de l'architecture).
- La situation du palais sur les hauteurs de Tarquinia, dominant la plaine maremmane et l'ancien territoire étrusque.
Infos pratiques
Le Palazzo Vitelleschi se situe dans le centre historique de Tarquinia, en province de Viterbe (Latium). Il abrite le Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense, généralement ouvert à la visite. Les horaires, jours de fermeture et tarifs étant susceptibles de varier selon les saisons et les décisions de l'administration des musées, il est recommandé de vérifier ces informations auprès des sources officielles avant tout déplacement. Tarquinia est aisément accessible depuis Rome et le littoral tyrrhénien ; la visite du palais se combine volontiers avec celle des célèbres nécropoles étrusques, inscrites au patrimoine mondial, situées à proximité de la ville.
Quiz
Pour quel commanditaire le Palazzo Vitelleschi aurait-il été édifié vers 1436-1439 ? Pour le cardinal Giovanni Vitelleschi, prélat et condottiere au service du pape Eugène IV.
Quelle particularité architecturale fait tout l'intérêt du palais ? Sa position de transition entre le gothique tardif (fenêtres à meneaux) et la première Renaissance (loggias, ordonnances régulières).
Quelle institution le palais abrite-t-il aujourd'hui, et pourquoi ses collections doivent-elles être distinguées de l'édifice ? Le Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense ; ses trésors étrusques, dont les Chevaux ailés, relèvent d'une époque antérieure de près de deux millénaires à la construction du palais.
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Fiche mise à jour le 17 septembre 2026




