Contes, légendes & anecdotes
Le Grand Veneur était un officier royal chargé de la direction de la chasse royale — une fonction importante et prestigieuse dans une monarchie qui faisait de la chasse un rituel de pouvoir autant qu'un sport. L'hôtel porte son nom parce qu'un Grand Veneur du roi y aurait résidé au XVIe siècle — sans qu'on puisse identifier précisément lequel. Les cerfs et les cors de chasse sculptés dans les poteaux de bois disent en tout cas que l'habitant de cette maison était un homme de forêts et de meutes, pas un marchand de draps.
Histoire
Lisieux, ville du Pays d'Auge en Calvados, possède plusieurs maisons à colombages médiévales et Renaissance remarquables dans son centre historique — un patrimoine partiellement préservé malgré les bombardements de la Seconde Guerre mondiale (la ville fut détruite à 50 % en juin 1944). L'hôtel du Grand Veneur, construit vers 1530-1560, est l'un des édifices civils Renaissance les plus élaborés de la ville — sa façade à colombages présente des sculptures de cerfs, de chiens courants et de cors de chasse dans les poteaux et les allèges, témoignant d'un commanditaire lié à la vénerie royale ou noble. Le Pays d'Auge au XVIe siècle était réputé pour ses chevaux et ses forêts de chasse — les ducs de Normandie puis les rois de France y venaient chasser depuis le Moyen Âge. L'hôtel du Grand Veneur est le monument de cette culture de la vénerie dans l'architecture civile.
À voir
Récit incarné
Lisieux, Calvados. La ville de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus — sa basilique néo-byzantine du XXe siècle visible depuis toute la ville, ses foules de pèlerins. Et dans les rues de la ville basse, rescapés des bombardements de 1944, quelques maisons à colombages du XVIe siècle.
L'hôtel du Grand Veneur est l'une de ces rescapées. Sa façade de bois noir et de plâtre blanc — les poteaux sculptés de cerfs et de chiens de chasse — contraste avec les reconstructions en béton des années 1950 qui l'entourent. Un fragment de XVIe siècle dans une ville du XXe siècle.
Regardez les poteaux. Des cerfs aux bois ramifiés. Des chiens courants en pleine poursuite. Des cors de chasse enroulés. C'est le monde de la vénerie mis en bois sculpté — le monde de l'aristocratie à la chasse, des forêts normandes au matin, des meutes qui aboient sur la piste du cerf.
Le Pays d'Auge au XVIe siècle était couvert de forêts de chasse. Les rois de France y venaient chasser depuis des siècles — Henri II aimait les forêts augeronnes. Le Grand Veneur de cet hôtel était peut-être son officier de chasse, un homme qui connaissait chaque coupe et chaque piste de la forêt normande.
Lecture architecturale
L'hôtel du Grand Veneur est construit en colombages de chêne normand (bois vieux et sombre, traité à l'huile de lin ou à la poix). Les poteaux sont sculptés de motifs de chasse — cerfs, chiens, cors. Les allèges (panneaux entre les fenêtres) présentent des frises de feuillage et d'animaux en bas-relief.
Symboles à observer
1. Les cerfs : dans les poteaux d'angle, des cerfs aux bois développés. Le cerf est l'animal noble de la vénerie — la proie royale par excellence. Seul le roi pouvait chasser le cerf dans ses forêts.
2. Les chiens courants : des lévriers ou des chiens courants en pleine course. Les meutes de chiens étaient la fierté des veneurs — des centaines de chiens dressés, logés, nourris, soignés pour la chasse royale.
3. Les cors de chasse : les cors enroulés dans les allèges. La musique de la vénerie — un langage codé de sonneries qui communiquaient l'état de la chasse à travers la forêt.
4. Le chêne normand : le bois foncé et dur des colombages. Le chêne du Pays d'Auge — les mêmes forêts où l'on chassait le cerf.
Anecdote mémorable
Sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897) naquit dans une famille bourgeoise de Lisieux. Son père Martin était horloger et fabricant de bijoux — un homme d'artisanat et de religion. La petite Thérèse grandissait dans les rues de Lisieux, peut-être devant les quelques maisons à colombages qui subsistaient déjà dans la ville de son enfance. Elle est morte à 24 ans, dans le carmel de Lisieux, d'une tuberculose. Sa 'petite voie' spirituelle — la sainteté par les petites choses du quotidien — ne doit rien aux cerfs et aux cors de chasse de l'hôtel du Grand Veneur. Mais elle appartient à la même ville.
Contexte historique dense
Lisieux au XVIe siècle était un centre drapier actif dans le Pays d'Auge — ses tisserands produisaient des étoffes légères exportées vers l'Angleterre. La ville était aussi un siège épiscopal et un marché agricole important. L'hôtel du Grand Veneur (v.1530-1560) fut construit par un officier royal ou un noble de la région — quelqu'un dont la fonction était liée à la forêt et à la chasse.
Échos artistiques
Musique : La Chassede François Couperin (Suite pour clavecin, 1716) — l'évocation musicale de la chasse à courre dans la France classique. Peinture :La Chasse au cerf de Lucas Cranach l'Ancien (v.1530, Kunsthistorisches Museum, Vienne) — contemporain de la construction de l'hôtel. Architecture : le château d'Anet (28, 1547-1552) — la résidence de Diane de Poitiers, grande chasseresse, avec ses portails ornés de cerfs.
Pour aller plus loin
- Basilique Sainte-Thérèse de Lisieux — le sanctuaire de la 'petite sainte' de Lisieux.
- Château de Fontaine-Henry (14, 40 km) — les lucarnes Renaissance spectaculaires du Calvados.
- Pays d'Auge — les villages à colombages, les pommiers et le camembert.


