✦ Illustre ✦
Jean Geiler de Kaysersberg
humaniste
Contributions & œuvres
Formé à Fribourg et à Bâle, Geiler devient en 1478 le prédicateur attitré de la cathédrale de Strasbourg, poste créé pour lui par la ville. Pendant plus de trente ans, il y prononce des sermons d'une liberté de ton étonnante, s'appuyant volontiers sur des œuvres profanes — il prêche tout un cycle sur « la Nef des fous » de son ami Sébastien Brant — pour toucher le peuple. Ses sermons, notés par ses auditeurs et imprimés, comptent parmi les plus vivants témoignages de la prédication de la fin du Moyen Âge. La Bibliothèque humaniste de Sélestat conserve des recueils de ses œuvres. Réformateur dans l'Église et non contre elle, il mourut sept ans avant les thèses de Luther, dont il avait pressenti la nécessité.
Anecdote mémorable
La ville de Strasbourg fit tailler pour lui, dans la cathédrale, une chaire de pierre d'une extraordinaire finesse — encore en place aujourd'hui. On dit qu'il y montait chaque jour, et que la foule des Strasbourgeois s'y pressait pour l'entendre morigéner, avec esprit, les grands comme les petits.
Influences reçues
L'humanisme rhénan et l'amitié de Sébastien Brant et de Jacques Wimpheling ; la tradition de la prédication populaire, qu'il renouvelle.
Influences exercées
Sa critique des abus de l'Église prépare le terrain de la Réforme en Alsace ; ses sermons imprimés nourrissent la littérature morale du temps.
Importance historique
Jean Geiler de Kaysersberg fut la grande voix de Strasbourg. Du haut de la chaire de la cathédrale — une chaire sculptée exprès pour lui —, il prêcha trente ans durant, dans une langue vive, drue, pleine d'images et d'humour, fustigeant les vices du clergé et des puissants, réclamant la réforme de l'Église bien avant Luther. Humaniste ami d'Érasme et du cercle savant de Sébastien Brant, moraliste redouté et aimé, il incarne cette Alsace rhénane du tournant du siècle où l'humanisme, l'imprimerie et l'exigence religieuse préparaient, sans le savoir, le grand ébranlement à venir.

