Hôtel de Saulx

Hôtel de Saulx

Dijon · v. 1550-1570

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À propos

Récit incarné

Rue Vaillant, Dijon. Derrière le Palais des Ducs et des États de Bourgogne, dans le réseau de rues médiévales et Renaissance du vieux Dijon. L'hôtel de Saulx est là — sa façade de calcaire blond, sobre sauf pour un portail qui explose.

Ce portail. Deux pilastres corinthiens flanquent une porte cochère en plein cintre. Les chapiteaux — deux bouquets de feuilles d'acanthe d'une précision botanique sidérante — soutiennent un entablement sculpté d'une frise de rinceaux. Et au-dessus, le fronton brisé : deux volutes qui s'écartent pour laisser place à un cartouche ornemental en forme de parchemin enroulé.

C'est la Renaissance à son plus somptueux dans un seul élément architecturale. Le portail dit tout ce qu'il y a à dire sur la maison et ses habitants : nous sommes nobles, nous sommes riches, nous sommes cultivés. Nous connaissons Vitruve et Serlio. Nous avons fait venir le meilleur sculpteur de Bourgogne.

La cour intérieure est plus sobre — pilastres sans ornements excessifs, deux niveaux de baies. La sobriété bourguignonne qui dit : dans la maison, on vit simplement. C'est la façade publique qui parle.

Lecture architecturale

L'hôtel de Saulx est construit en calcaire oolitique de Comblanchien (pierre de Bourgogne blond-crème). La façade sur rue est sobre, percée de fenêtres à meneaux. Le portail d'entrée est l'élément monumental — deux pilastres corinthiens, entablement sculpté, fronton brisé à cartouche. La cour intérieure présente une galerie à pilastres plats et deux niveaux de baies.

Symboles à observer

1. Les chapiteaux corinthiens du portail : les feuilles d'acanthe sculptées. Comparez la qualité de leur exécution avec les chapiteaux corinthiens d'autres édifices dijonnais — ici, la précision botanique est exceptionnelle.

2. Le cartouche du fronton : le cadre en forme de parchemin enroulé à ses extrémités. C'est le motif maniériste par excellence — le cartouche 'oreillé'. Il devait contenir une inscription ou les armes des Saulx-Tavannes.

3. Les armes des Saulx-Tavannes : cherchez dans le cartouche ou les médaillons les armes de la famille — de gueules au lion d'argent couronné d'or.

4. La frise de rinceaux : dans l'entablement du portail, une frise de rinceaux végétaux. Cherchez les petits animaux dissimulés dans les arabesques — une licorne ? un dauphin ?

Anecdote mémorable

Gaspard de Saulx-Tavannes, dans ses Mémoires (publiés posthumément), justifie sa participation à la Saint-Barthélemy en termes qui glacent le sang : les protestants étaient des rebelles, leur extermination était une nécessité politique, la France ne pouvait pas survivre à cette division religieuse. C'est la logique du massacre rationalisée en politique d'État. L'hôtel de Saulx, avec son portail élégant, est la maison d'un homme qui croyait que la beauté et la violence pouvaient coexister dans le même homme. Elles le peuvent, hélas.

Contexte historique dense

Dijon sous les Saulx-Tavannes (XVIe siècle) était une ville royale et parlementaire — le Parlement de Bourgogne, créé en 1477 après l'annexion du duché, y siégeait. Les grandes familles comme les Saulx construisaient des hôtels qui affichaient leur rang dans cette nouvelle configuration post-ducale. La construction de l'hôtel de Saulx (v.1550-1570) coïncide avec les premières guerres de religion — une période où les grandes familles catholiques affirmaient leur richesse et leur puissance face à la montée protestante.

Échos artistiques

Musique : Missa pro defunctisde Claude Goudimel (v.1558) — le compositeur protestant massacré lors de la Saint-Barthélemy à Lyon. Peinture :Le Massacre de la Saint-Barthélemy de François Dubois (v.1572-1584, Lausanne) — peint par un survivant huguenot. Architecture : l'hôtel de Vogüé (Dijon) — à 200 mètres, le chef-d'œuvre voisin.

Pour aller plus loin

  • Hôtel de Vogüé (Dijon) — le chef-d'œuvre Renaissance voisin.
  • Palais des Ducs et des États de Bourgogne (Dijon) — à 300 mètres.
  • Beaune (21, 40 km) — l'Hôtel-Dieu et ses Hospices.

Localisation

47.3222, 5.0419 · Dijon

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Doulce mémoire
Pierre Sandrin · c.1520–1560
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