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Priant de René de Birague, chancelier de France

Sculpture

Priant de René de Birague, chancelier de France

Germain Pilon (Paris, 1526/1528–1590)

Devant l'œuvre

René de Birague, chancelier de France sous Catherine de Médicis, était l'un des plus puissants hommes de son époque — et l'un des plus haïs, car il fut l'un des organisateurs de la Saint-Barthélemy. Ce bronze grandeur nature le représente agenouillé dans la prière, vêtu de son manteau de cardinal (il fut ordonné prêtre après la mort de sa femme). Pilon a ici atteint quelque chose d'extraordinaire dans l'art du portrait : ce vieux homme voûté, le visage ravagé par les années et peut-être par les remords, est d'un réalisme psychologique qui n'appartient pas à la Renaissance — il appartient au Bernin, au Caravage, au baroque.

Symbolisme & lecture iconographique

La posture du priant — agenouillé, mains jointes, yeux vers le ciel — est la posture du pénitent autant que du dévot. Pour Birague, compromis dans des massacres, cette posture a une charge morale particulière. Pilon en fait une image de la fragilité humaine face au jugement divin.

Analyse des émotions

Le Priant de Birague est peut-être la sculpture la plus émouvante du Louvre, et pourtant la plus peu connue. La courbure du dos, la tête inclinée, les mains jointes mais légèrement tremblantes — tout dit l'âge, la fatigue, le fardeau. Ce n'est pas la représentation d'un grand homme dans la gloire de ses fonctions, mais d'un vieux homme à genoux devant son Dieu.

Secrets & mystères

Birague était impliqué dans la Saint-Barthélemy (1572) — le massacre de plusieurs milliers de protestants à Paris en une nuit. Comment Pilon, qui travaillait pour les deux camps religieux, pouvait-il sculpter son effigie avec cette profondeur d'âme ? Le regard de Birague dans ce bronze est tourné vers quelque chose d'invisible pour nous — prière, repentir, supplication ? Pilon ne juge pas, il témoigne. Le bronze (alors beaucoup plus difficile à fondre que le marbre à tailler) confère à l'œuvre une matérialité lourde, comme le poids des actes de cet homme.

Le saviez-vous ?

Pilon sculpta ce priant pour le tombeau de Birague à l'église Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers à Paris — une église détruite à la Révolution. La statue fut récupérée et entra au Louvre. La gisante de Valentine Balbiani, femme de Birague, également de Pilon (Louvre, salle 215), forme le pendant funèbre de ce priant — ensemble, ils forment l'un des plus grands monuments de la sculpture Renaissance tardive française.

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