Devant l'œuvre
Ce tableau est un ex-voto — une image votive offerte à Dieu ou à la Vierge en remerciement ou en supplication. Il fut commandé en 1604 par Anne Antheunis, veuve d'Alexandre Goubau, grand aumônier de la cathédrale Notre-Dame d'Anvers, pour leur monument funéraire dans la chapelle des maçons de la cathédrale. Rubens était alors en Italie — il revint à Anvers en 1608 et exécuta le tableau. La Vierge trône en haut à droite, vêtue d'une robe rouge et d'un manteau bleu. Les donateurs sont agenouillés en bas à gauche : Anne Antheunis peinte d'après nature (elle était encore vivante), Alexandre Goubau en portrait posthume — son mari était mort en 1604 avant que Rubens ne commence le tableau.
Symbolisme & lecture iconographique
La Vierge en haut à droite regarde vers les donateurs en bas à gauche — la diagonale de regard structure theologically l'espace : le céleste descend vers l'humain, l'humain monte vers le céleste. Rubens utilise la lumière pour renforcer cette hiérarchie : la Vierge est lumineuse, presque irradiante ; les donateurs sont dans une lumière plus froide, plus terrestre.
Analyse des émotions
Rubens représente Anne Antheunis en veuve en prière — mais il lui donne une présence physique et psychologique qui n'est pas celle de la supplication conventionnelle. Cette femme ne supplie pas : elle demande, avec la fermeté calme de quelqu'un qui a un droit à être entendu. La douleur du deuil est là, mais maîtrisée, disciplinée. C'est un portrait de dignité dans le malheur.
Secrets & mystères
Ce tableau fut saisi à Anvers par les armées napoléoniennes en 1803 et envoyé au Louvre avant d'être déposé à Tours. Il n'est jamais retourné à la cathédrale d'Anvers. La question de la restitution des œuvres napoléoniennes — comme pour le Mantegna de Vérone — n'a jamais été formellement posée pour ce tableau, qui est aujourd'hui propriété de l'État français déposé à Tours. Le portrait posthume d'Alexandre Goubau est l'un des premiers portraits de défunt peint par Rubens — à partir de quel modèle ? D'un portrait antérieur, d'un masque mortuaire, de descriptions orales ?
Le saviez-vous ?
L'ex-voto de Tours est l'un des rares tableaux de Rubens conservés en France hors du Louvre. Il illustre une pratique dévotionnelle catholique très vivante dans les Flandres espagnoles du XVIIe siècle : commander à un grand peintre un tableau votif pour sa chapelle funéraire était le geste ultime du mécénat bourgeois catholique — plus durable que la pierre tombale, plus personnel que la messe.

