Devant l'œuvre
Konrad Witz est l'un des grands peintres du XVe siècle européen — et la collection de Dijon possède l'un des ensembles de primitifs suisses et rhénans les plus importants de France. Ce panneau représente une légende médiévale : l'empereur Auguste consulte la Sibylle de Tibur pour savoir s'il doit accepter d'être divinisé. La Sibylle lui montre une apparition de la Vierge et de l'Enfant dans le ciel — le jour de la naissance du Christ — et Auguste comprend qu'un être plus grand que lui vient de naître. Les deux personnages sont saisis dans un moment d'éblouissement — leurs gestes expriment la révélation.
Symbolisme & lecture iconographique
L'apparition de la Vierge et de l'Enfant à l'Empereur Auguste est une 'préfiguration' dans le sens médiéval : un événement de l'histoire romaine 'préfigure' la venue du Christ. La légende dit qu'Auguste, voyant cette vision, refusa de se laisser diviniser — reconnaissant ainsi implicitement la supériorité du Christ. C'est une déclaration théologique mise dans la bouche du plus grand des empereurs romains.
Analyse des émotions
Les personnages de Witz ont une solidité physique exceptionnelle — ils semblent faits de pierre plutôt que peints. Leurs visages individualisés, leurs vêtements traités comme des sculptures drapées, leur poids dans l'espace : c'est une réalité tangible que la peinture gothique conventionnelle ne cherchait pas à créer.
Secrets & mystères
Konrad Witz est célèbre pour avoir peint en 1444 La Pêche miraculeuse (Musée d'Art et d'Histoire de Genève) — le premier paysage géographiquement exact de l'histoire de la peinture : le lac Léman vu de Genève, avec les Alpes en arrière-plan reconnaissables. Ce tableau de Dijon, une décennie plus tôt, montre déjà la même obsession pour la réalité matérielle — les vêtements des deux personnages sont peints avec une précision illusionniste qui rivalise avec les meilleurs Flamands.
Le saviez-vous ?
L'ensemble de primitifs suisses et rhénans du musée de Dijon est unique en France — la collection la plus importante d'œuvres de cette région hors de Suisse et d'Allemagne. Elle est le résultat de collectes menées au XIXe siècle, quand ces œuvres étaient encore peu valorisées et abondantes sur le marché de l'art alsacien et rhénan.

