Devant l'œuvre
Jacob Jordaens — le troisième grand peintre anversois du XVIIe siècle après Rubens et Van Dyck — peint ici une allégorie philosophique sur le vieux précepte grec 'Gnôthi seauton' (Connais-toi toi-même), inscrit au fronton du temple de Delphes. La composition montre probablement une figure centrale (un homme, un philosophe ?) confronté à son reflet ou à des allégories de sa condition mortelle — les vanités, les illusions, la mort. Jordaens développe ce sujet avec son vocabulaire habituel : des figures robustes, une peinture charnelle et directe, une densité de matière picturale qui s'oppose à la virtuosité aérienne de Van Dyck.
Symbolisme & lecture iconographique
Le précepte delphique 'Connais-toi toi-même' est la fondation de toute philosophie occidentale — Socrate en fit le programme de sa vie. Dans le contexte du XVIIe siècle catholique flamand, ce précepte antique se fonde avec la méditation chrétienne sur la mort (memento mori) et la vanité (vanitas). Se connaître soi-même, c'est aussi se savoir mortel et pécheur.
Analyse des émotions
Les tableaux de Jordaens ont une qualité de présence physique qui manque parfois aux œuvres plus virtuoses de Van Dyck. Ses personnages sont massifs, leurs chairs sont vraies, leurs gestes sont directs. Ce Connais-toi toi-même a cette qualité de solidité — la philosophie portée par des corps réels.
Secrets & mystères
Jordaens est le peintre flamand le moins connu du grand public, bien qu'il soit le successeur direct de Rubens à Anvers et l'un des artistes les plus productifs du XVIIe siècle. Contrairement à Rubens (qui voyagea en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre) et à Van Dyck (portraitiste itinérant de l'aristocratie européenne), Jordaens resta presque toujours à Anvers. Et pourtant son art est d'une richesse et d'une énergie comparables aux deux autres.
Le saviez-vous ?
Jacob Jordaens convertit au protestantisme vers 1650 — un acte courageux dans une Anvers catholique sous domination espagnole. Cette conversion influença son style dans les dernières décennies de sa vie : ses grands tableaux allégoriques gagnèrent en sobriété, perdant quelque chose de l'exubérance baroque de sa période rubénienne. Il mourut en 1678, à 85 ans, toujours à Anvers.

