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Le Museo Regionale (MuMe) à Messine

Messine

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Le Museo Regionale (MuMe) à Messine

Au bord du détroit qui sépare la Sicile de la Calabre, le Museo Regionale di Messina — que l'on abrège aujourd'hui en MuMe — rassemble ce qui a survécu du patrimoine artistique d'une cité plusieurs fois anéantie, par les tremblements de terre comme par les guerres. Sa pièce maîtresse porte un nom : Antonello da Messina, le plus grand peintre sicilien du Quattrocento, enfant de cette ville où il naquit vers 1430. Le musée abrite son Polittico di San Gregorio, daté et signé de 1473, œuvre dans laquelle se noue la rencontre entre la lumière flamande et la construction spatiale italienne dont Antonello fut l'un des plus fins passeurs. Autour de ce joyau se dessine l'idée que Messine, loin d'être une simple escale, fut au XVe siècle un authentique foyer de peinture, ouvert par la Méditerranée aux échanges avec Naples, Venise et le Nord.

Messine, patrie d'Antonello

Antonello da Messina reste, pour l'histoire de l'art, celui qui aurait introduit ou du moins acclimaté en Italie la maîtrise de la peinture à l'huile venue des Flandres. Formé selon la tradition dans l'orbite napolitaine, où affluaient panneaux et modèles nordiques, il aurait su fondre la minutie flamande — le rendu des matières, la lumière qui glisse sur les surfaces — avec le sens italien du volume et de la géométrie. Son passage à Venise, vers le milieu des années 1470, laissa une empreinte durable sur la peinture vénitienne. Mais c'est à Messine qu'il naît, qu'il travaille par intervalles et qu'il meurt vers 1479, y laissant un atelier et une descendance de peintres. Que sa ville conserve aujourd'hui l'un de ses grands retables tient presque du miracle, tant l'histoire de Messine fut faite de destructions : le musée est autant un conservatoire qu'un mémorial.

Le Polittico di San Gregorio (1473)

Le Polittico di San Gregorio provient à l'origine du monastère bénédictin de San Gregorio, à Messine — il n'est donc pas né dans les murs du musée, où il a été recueilli après les épreuves du lieu. L'œuvre est signée et datée de 1473, précision rare qui en fait un jalon sûr dans la carrière d'Antonello. Elle s'organise autour d'une Vierge à l'Enfant trônant, encadrée de figures de saints — la tradition y reconnaît notamment saint Grégoire et saint Benoît, en accord avec la destination bénédictine du retable —, l'ensemble étant surmonté et complété d'éléments qui structuraient le polyptyque à la manière d'un grand ensemble d'autel. On y admire cette synthèse propre à Antonello : la douceur des visages et la précision des étoffes héritées du Nord, servies par une architecture picturale claire et un trône traité comme un volume dans l'espace.

L'état actuel de l'œuvre porte la mémoire d'une catastrophe : le terrible séisme de 1908, qui rasa Messine, endommagea gravement le retable. Le polyptyque nous est ainsi parvenu dans une condition fragmentaire, restauré et remonté, certaines parties lacunaires ou mutilées. Cette fragilité fait partie de son histoire et invite à le regarder aussi comme un rescapé, dont chaque zone préservée témoigne de la main d'Antonello.

Antonello, la sculpture et le premier XVIe siècle

Au-delà du polyptyque, le parcours Renaissance du musée s'appuie sur le contexte artistique de la Sicile des XVe et XVIe siècles, où circulaient les grands ateliers de sculpteurs. Le nom de Francesco Laurana, sculpteur d'origine dalmate actif en Sicile et à Naples, est associé à cette période où le portrait sculpté et la statuaire mariale adoptaient une pureté toute Renaissance ; celui d'Antonello Gagini et de la dynastie des Gagini domine quant à lui la sculpture sicilienne de marbre du premier XVIe siècle, avec ses Vierges et ses ensembles d'autel diffusés dans toute l'île. La présence effective et l'attribution précise de telles pièces au MuMe devraient être vérifiées salle par salle, mais elles rappellent que la Renaissance sicilienne fut autant affaire de ciseau que de pinceau, et que Messine s'inscrivait pleinement dans ces réseaux.

Le Caravage et la mise au point baroque

Le musée conserve également deux grandes toiles du Caravage (Michelangelo Merisi), exécutées lors de son séjour messinois de 1608-1609 : la Resurrezione di Lazzaro (Résurrection de Lazare) et l'Adorazione dei pastori (Adoration des bergers). Ces chefs-d'œuvre appartiennent au baroque naissant et sont postérieurs d'un long siècle à Antonello : ils se situent donc hors du volet Renaissance de cette fiche. On les signale parce qu'ils font, à juste titre, la célébrité du MuMe et qu'ils prolongent l'idée d'une Messine terre de grande peinture ; mais leur ténébrisme dramatique, leurs fonds noirs et leur lumière tranchante relèvent d'une esthétique radicalement différente de la clarté quattrocentesque du polyptyque. Confronter dans un même musée le 1473 d'Antonello et le 1609 du Caravage, c'est mesurer d'un regard le passage d'un monde à l'autre.

Portée

Le MuMe compte pour la Renaissance parce qu'il conserve, dans la ville même qui l'a vu naître, une œuvre datée et signée du peintre sicilien le plus important du Quattrocento. Le Polittico di San Gregorio n'est pas seulement un beau retable : c'est un document sur la manière dont la leçon flamande a irrigué l'Italie par les voies méditerranéennes, et sur le rôle de Messine comme carrefour. Que ce témoin ait traversé le cataclysme de 1908 ajoute à sa valeur une dimension de survivance : le musée sicilien conserve moins un ensemble intact qu'une mémoire reconstituée, où chaque œuvre rescapée pèse d'un poids singulier.

Ce qu'il faut voir absolument

  • Le Polittico di San Gregorio d'Antonello da Messina (1473), pièce maîtresse — provenant du monastère de San Gregorio, aujourd'hui au musée, dans un état fragmentaire après le séisme de 1908.
  • La Vierge à l'Enfant trônant au centre du polyptyque, où se lit la synthèse flamand/italien propre à Antonello.
  • Les figures de saints encadrant le trône (tradition bénédictine : Grégoire, Benoît), à observer pour le rendu des étoffes et des visages.
  • Les traces du remontage et les lacunes du retable, à lire comme la mémoire du tremblement de terre de 1908.
  • L'éventuel volet de sculpture Renaissance sicilienne (entourage de Laurana, ateliers Gagini) — présence et attribution à vérifier en salle.
  • En contrepoint, et hors Renaissance : les deux Caravage de 1608-1609 (Résurrection de Lazare, Adoration des bergers), à visiter comme un chapitre baroque distinct.

Infos pratiques

Le musée se situe à Messine, en Sicile, et dépend de l'administration de la Région sicilienne au titre des biens culturels. Ses collections rassemblent peinture et sculpture du Moyen Âge au baroque, avec le noyau Renaissance organisé autour d'Antonello. Les horaires d'ouverture, jours de fermeture et tarifs sont susceptibles de varier selon les saisons et l'organisation régionale : il convient de les vérifier auprès des sources officielles avant toute visite. Aucun chiffre n'est avancé ici afin de ne pas induire en erreur.

Quiz

1. À quelle ville Antonello da Messina, auteur du polyptyque conservé au MuMe, est-il natif ?

  • Palerme
  • Messine
  • Syracuse

2. Le Polittico di San Gregorio d'Antonello est daté de :

  • 1473
  • 1608
  • 1520

3. Les deux toiles du Caravage conservées au musée appartiennent :

  • à la même génération qu'Antonello
  • à la Renaissance florentine
  • au baroque naissant, vers 1608-1609, bien après la Renaissance