Contes, légendes & anecdotes
Dans la nuit du 4 au 5 février 1994, un incendie d'origine accidentelle (une fusée de détresse lancée lors d'une manifestation de marins-pêcheurs bretons) ravagea le Parlement de Bretagne. Les plafonds peints du XVIIe siècle, les tapisseries des Gobelins, les boiseries dorées — une grande partie des décors brûlèrent. La restauration, conduite par les Monuments Historiques pendant cinq ans, mobilisa des centaines d'artisans de toute la France. Un peintre de Vannes fut chargé de reconstituer les ciels bleus du plafond de la Grande Chambre d'après les photographies d'avant l'incendie. Il travaille encore aujourd'hui — certains plafonds ne sont toujours pas entièrement restaurés. La beauté brûlée qui renaît, pierre à pierre, pinceau à pinceau.
Histoire
Le Parlement de Bretagne de Rennes, bien que sa construction soit principalement du XVIIe siècle (1618-1655, architecte Salomon de Brosse puis Germain Gaultier), perpétue la tradition institutionnelle du Parlement créé en 1554 pour la province bretonne récemment rattachée à la France (Édit d'Union de 1532). Le bâtiment actuel remplace le premier siège du Parlement, construit dans les décennies suivant l'union. Ses intérieurs — la Grande Chambre, la salle des Pas Perdus — sont décorés dans un style Renaissance tardive-baroque qui constitue l'un des ensembles décoratifs les plus complets du XVIIe siècle français. Les plafonds à caissons peints et dorés de la Grande Chambre, les tapisseries des Gobelins représentant l'histoire de la Bretagne, et les boiseries sculptées constituent un programme iconographique de célébration de la province. Le Parlement fut gravement endommagé par un incendie en 1994 (lors d'une manifestation des pêcheurs bretons) et restauré de 1994 à 1999.
À voir
Récit incarné
Place du Parlement-de-Bretagne, Rennes. La grande place du XVIIe siècle — régulière, ordonnée, avec ses maisons à arcades qui l'entourent. Au fond, le Parlement de Bretagne : sa façade classique de pierre de tuffeau, sobre et imposante, avec ses hautes fenêtres et ses sculptures allégoriques.
Le Parlement de Bretagne était la plus haute juridiction d'une province qui avait négocié son entrée dans le royaume de France avec une jalousie rare pour ses libertés — le droit de vote des impôts, la coutume bretonne, l'autonomie judiciaire. Ses magistrats, les parlementaires bretons, étaient les gardiens de ces libertés. Pendant deux siècles, ils résistèrent aux empiétements royaux avec une constance qui irritait Versailles.
Entrez dans la salle des Pas Perdus. Même restaurée après l'incendie de 1994, la salle conserve sa majesté — les colonnes, les caissons, les dorures. Et dans la Grande Chambre : les tapisseries reconstituées, les boiseries rescapées, les plafonds peints qui racontent l'histoire de Bretagne. Un palais de justice qui est aussi un musée de l'identité bretonne.
Lecture architecturale
Le Parlement de Bretagne est construit principalement en tuffeau et calcaire (matériaux importés, la Bretagne étant un pays de granit). La façade présente un avant-corps central à colonnes ioniques et fronton triangulaire, encadré par deux ailes sobres. La salle des Pas Perdus intérieure est voûtée en berceau avec des caissons peints. La Grande Chambre est décorée de tapisseries murales, de boiseries dorées et d'un plafond à compartiments peints.
Symboles à observer
1. L'hermine bretonne : dans toute la décoration du Parlement, l'hermine — l'emblème de Bretagne — est omniprésente. Cherchez-la dans les tapisseries, les ferronneries, les boiseries.
2. Les tapisseries des Gobelins : dans la Grande Chambre, les tapisseries représentent des épisodes de l'histoire de Bretagne. Cherchez la scène représentant Anne de Bretagne remettant les clés de sa province à Louis XII.
3. Les colonnes ioniques de la façade : le temple de la Justice bretonne, avec ses colonnes antiques. La Bretagne affirme sa culture classique face au royaume de France.
4. Les traces de l'incendie : dans certaines parties du bâtiment, des traces subtiles de la restauration post-1994 sont visibles — des raccords, des teintes légèrement différentes. Le monument porte sa propre histoire d'incendie et de renaissance.
Anecdote mémorable
En 1675, le Parlement de Bretagne fut temporairement exilé à Vannes par Louis XIV pour avoir refusé d'enregistrer ses édits fiscaux. La résistance parlementaire bretonne — la défense des libertés provinciales contre le centralisme royal — est une constante de l'histoire du XVIIe siècle. Le Parlement rentra à Rennes deux ans plus tard, ni vainqueur ni vaincu. Cette résistance institutionnelle fut l'une des sources de la Révolution française cent ans plus tard.
Contexte historique dense
La création du Parlement de Bretagne (1554) fut la conséquence directe de l'union de la Bretagne à la France (1532). La province avait exigé, en contrepartie de cette union, le maintien de ses institutions propres — dont une cour de justice provinciale. Le Parlement de Bretagne fut ainsi l'institution qui garantissait les libertés bretonnes face à la centralisation monarchique. Sa construction (1618-1655) correspond à la montée en puissance de la monarchie absolue sous Richelieu et Louis XIII.
Échos artistiques
Musique : Barzaz Breiz (chants populaires bretons collectés par La Villemarqué, 1839) — la tradition musicale bretonne que le Parlement était censé protéger. Peinture : les tapisseries des Gobelins de la Grande Chambre — le programme iconographique de la Bretagne dans son Parlement. Architecture : l'Hôtel de Ville de Rennes (XVIIIe s.) — sur la même place, la mairie classique qui complète le dispositif.
Pour aller plus loin
- Musée des Beaux-Arts de Rennes — collections picturales exceptionnelles dont un Léonard de Vinci.
- Cathédrale Saint-Pierre de Rennes — la cathédrale néoclassique avec ses tapisseries du XVIe siècle.
- Fougères (35, 50 km) — le château médiéval le mieux conservé de Bretagne.

