Contes, légendes & anecdotes
Le 'pondalez' (ou pontalis) est le grand escalier-lanterneau central qui traverse toute la hauteur de la maison bretonne. Dans la Maison de la Duchesse Anne, cet escalier central — visible depuis le rez-de-chaussée jusqu'aux combles — est la pièce maîtresse de l'architecture intérieure. On raconte que les marchands morlaisiens conduisaient leurs clients dans ce pondalez pour leur montrer la prospérité de leur maison — les balcons intérieurs, les boiseries sculptées, les pièces qui s'ouvraient sur la cage centrale. Le pondalez comme vitrine commerciale : 'Voyez comme je vis, et jugez de ma richesse.'
Histoire
Morlaix, ville bretonne au fond d'une ria profonde dans le Finistère, conserve plusieurs maisons à pondalez — type architectural spécifique à la Bretagne intérieure et à Morlaix, caractérisé par une grande salle centrale ouverte sur tous les étages (le 'pondalez' ou 'pontalis' en breton), autour de laquelle s'organisent les pièces de la maison. Ces maisons à colombages des XVe et XVIe siècles sont la traduction architecturale de la prospérité de Morlaix, grande ville commerçante dont les marchands exportaient les toiles de lin bretonnes vers toute l'Europe. La Maison à Pondalez dite 'de la Duchesse Anne', construite vers 1530-1560 pour un riche marchand morlaisant, est la plus connue de ces maisons — sa façade ornée de saints et de personnages sculptés dans le bois de chêne est l'une des façades à colombages les plus riches du nord de la Bretagne. Son nom 'de la Duchesse Anne' est une attribution populaire qui ne repose sur aucun document historique — Anne de Bretagne mourut en 1514, avant la construction.
À voir
Récit incarné
Rue Ange-de-Guernisac, Morlaix. La rue principale du vieux Morlaix — pavée, en pente, bordée de maisons à colombages des XVe et XVIe siècles. Et la Maison à Pondalez : sa façade de bois noir et de plâtre blanc, ses trois étages en encorbellement, ses saints sculptés dans les poteaux d'angle.
Morlaix au XVIe siècle était une ville riche — ses marchands exportaient les toiles de lin bretonnes vers l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Espagne, le Portugal. Ces toiles fines, tissées dans les campagnes du Léon et de la Cornouaille, habillaient les bourgeois de toute l'Europe. Les marchands de Morlaix vivaient dans des maisons somptueuses — à colombages, avec leurs pondalez centraux, leurs boiseries sculptées.
Entrez dans la maison (aujourd'hui musée). Le pondalez s'ouvre devant vous — la cage centrale qui monte jusqu'au toit. À chaque étage, des balcons intérieurs donnent sur ce vide central. L'espace respire. La lumière vient d'en haut, du lanterneau. C'est une architecture de la verticalité et de la transparence — le contraire des maisons du Midi, fermées sur leurs cours intérieures.
Lecture architecturale
La Maison à Pondalez de Morlaix est construite en colombages de chêne breton — poteaux, sablières, écharpes et contreventements visibles en façade. Les poteaux d'angle sont sculptés de saints — saint Yves, saint Michel, la Vierge — dans la tradition de la sculpture bretonne du XVIe siècle. L'intérieur est organisé autour du pondalez — grande cage centrale ouverte à tous les étages, avec escalier en vis et balcons intérieurs.
Symboles à observer
1. Le pondalez : à l'intérieur, la cage centrale qui monte jusqu'au toit. Comptez les étages — quatre niveaux de balcons intérieurs. C'est l'espace de vie de la maison, le lieu de réunion de la famille.
2. Les saints sculptés : dans les poteaux d'angle, des figures de saints en bois sculpté. Saint Yves (le saint patron des avocats et de la Bretagne), saint Roch (contre la peste), saint Sébastien (contre les épidémies). La piété bretonne mise en bois.
3. Les encorbellements : chaque étage déborde légèrement sur le précédent. Vue depuis la rue, la maison s'incline légèrement vers vous — la maison qui se penche vers le passant.
4. Le viaduc de Morlaix : depuis les fenêtres de la maison, ou depuis la rue, le grand viaduc de chemin de fer du XIXe siècle qui enjambe la vallée. Le Moyen Âge et l'ère industrielle dans le même champ de vision.
Anecdote mémorable
En 1522, les Anglais débarquèrent à Morlaix pendant que la population célébrait un pardon (fête religieuse locale). Ils pillèrent et incendièrent la ville. Les Morlaisiens, qui rentraient de leur pardon et découvraient leur ville en flammes, se souvinrent longtemps de cette attaque. La devise de Morlaix — 'S'ils te mordent, mords-les' — naquit de cet épisode. Les maisons à colombages que vous voyez aujourd'hui furent construites après cet incendie — sur les cendres de la ville brûlée par les Anglais.
Contexte historique dense
Morlaix au XVIe siècle était l'un des premiers ports de Bretagne — ses chantiers navals construisaient des navires pour le commerce atlantique, ses marchands exportaient les toiles de lin bretonnes. La Bretagne, rattachée à la France en 1532, conservait une culture et une économie propres. Les maisons à pondalez de Morlaix sont l'expression architecturale d'une bourgeoisie marchande bretonne — ni tout à fait française, ni tout à fait celtique, mais résolument atlantique.
Échos artistiques
Musique : Kan ha Diskan(forme de chant breton en canon) — la tradition musicale du Léon dont Morlaix est le cœur. Peinture : leTriptyque de Kernascléden (chapelle de Kernascléden, 56, XVe s.) — la peinture bretonne médiévale contemporaine des premières maisons à pondalez. Architecture : les villes bretonnes de Saint-Pol-de-Léon et Lesneven — d'autres ensembles de maisons Renaissance du Léon.
Pour aller plus loin
- Musée de Morlaix (Musée des Jacobins) — dans un ancien couvent gothique, l'histoire de Morlaix et de ses maisons à pondalez.
- Enclos paroissiaux du Léon (Finistère, 15-40 km) — Guimiliau, Saint-Thégonnec, Lampaul-Guimiliau — les plus belles créations sculptées de la Bretagne Renaissance.
- Château de Kerjean (29, 30 km) — le château Renaissance de Bretagne.

