HitsMap
Hôtel Saint-Crépin (Soissons) — architecture civile à Soissons (02), monument historique (Classé MH)

Monument

Hôtel Saint-Crépin (Soissons)

v. 1520-1550·Architecture civile·Soissons (02)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Soissons est la ville du vase de Soissons — l'épisode légendaire (raconté par Grégoire de Tours) où Clovis, roi des Francs, demanda à un soldat de lui remettre un vase précieux pour le rendre à l'évêque de Soissons. Le soldat refusa, alléguant que le butin avait été partagé selon la coutume. Un an plus tard, lors d'une revue de troupes, Clovis fracassa le crâne du soldat avec sa hache en disant : 'Souviens-toi du vase de Soissons.' Cette histoire — fondatrice du pouvoir royal capétien — se déroula en 486 après J.-C. L'hôtel Saint-Crépin Renaissance, construit mille ans plus tard dans la même ville, s'inscrit dans cette longue mémoire soissonnaise.

Histoire

Soissons, ville de l'Aisne sur l'axe Paris-Reims, conserve dans son centre historique quelques rares témoignages de l'architecture civile Renaissance — une ville qui a beaucoup souffert des destructions des deux guerres mondiales (90 % de la ville détruite en 1914-1918). L'hôtel Saint-Crépin, construit vers 1520-1550 pour une famille de la noblesse soissonnaise liée aux manufactures locales de cuirs et de maroquineries, présente une façade en calcaire local articulée par des pilastres. Soissons était au XVIe siècle une ville d'évêché et de manufactures — ses tanneries et ses cordonneries étaient réputées dans toute l'Île-de-France. La proximité de Paris (100 km) et de Reims (70 km) permettait à la ville de bénéficier des modes architecturales les plus avancées avec peu de retard.

À voir

Récit incarné

Soissons, Aisne. La ville du vase et de la Grande Guerre — deux mémoires superposées dans une même cité. Les cathédrales médiévales bombardées en 1914 (Saint-Gervais-et-Saint-Protais, partiellement détruite), les quartiers reconstruits dans les années 1920, et ici et là, un fragment survivant du XVIe siècle.

L'hôtel Saint-Crépin est l'un de ces fragments. Sa façade de calcaire local — blanc-gris de l'Aisne — présente ses pilastres et ses fenêtres à meneaux dans le tissu urbain post-1918. La Renaissance de 1520-1550 dans la ville reconstruite de 1920-1930 — deux temps, deux matières, une même ville.

La proximité de Paris — cent kilomètres sur l'axe nord — explique que Soissons ait suivi rapidement les modes architecturales parisiennes. Les notables soissonnais voyaient les constructions nouvelles de Paris lors de leurs voyages et commandaient dans leur ville provinciale des façades qui en récapitulaient les innovations.

Lecture architecturale

L'hôtel Saint-Crépin est construit en calcaire de l'Aisne (calcaire blanc-gris à grain moyen). La façade présente deux niveaux articulés par des pilastres plats.

Symboles à observer

1. Le calcaire de l'Aisne : blanc-gris, sobre, moins spectaculaire que les calcaires du Midi.

2. Les pilastres plats : simples, sans ornements excessifs. La Renaissance à un stade précoce — encore maladroite, pas encore académique.

3. La cathédrale de Soissons : visible depuis la ville, la cathédrale gothique partiellement reconstruite après 1918. La pieuse reconstruction après la barbarie.

4. Les traces de la Grande Guerre : dans le tissu urbain de Soissons, cherchez les bâtiments de reconstruction des années 1920 — leur style 'Art déco reconstruction' est reconnaissable. Le XVIe siècle et le XXe siècle, deux temps architecturaux survivant côte à côte.

Anecdote mémorable

En 1814, lors de la campagne de France, Soissons fut prise et reprise plusieurs fois par les armées françaises et alliées. Napoléon y remporta une victoire le 3 mars 1814 avant d'être finalement vaincu. L'hôtel Saint-Crépin, dans les rues de Soissons, avait déjà traversé trois siècles de guerres — les guerres de religion du XVIe siècle, la Fronde du XVIIe, les guerres de Louis XIV. Il en traverserait deux autres au XXe siècle.

Contexte historique dense

Soissons au XVIe siècle était une ville de transit et de manufactures — sur la route Paris-Reims-Champagne, avec ses tanneries et ses cordonneries actives. Sa proximité de Paris en faisait une ville relativement bien informée des modes architecturales contemporaines. L'hôtel Saint-Crépin (v.1520-1550) s'inscrit dans ce contexte d'une ville provinciale qui suit Paris avec peu de retard.

Échos artistiques

Musique : Chansons à boire picardes(tradition orale de l'Aisne) — les chants des artisans de Soissons. Peinture :Vue de la cathédrale de Soissons en ruines (photographies de 1918) — le document photographique de la destruction. Architecture : la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons — en cours de restauration depuis 1918.

Pour aller plus loin

  • Cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais (Soissons) — la cathédrale gothique partiellement reconstruite.
  • Laon (02, 35 km) — la cathédrale gothique sur sa colline.
  • Chemin des Dames (02, 20 km) — le champ de bataille de la Grande Guerre.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Jouissance vous donneray
Claudin de Sermisy · c.1520–1540

Hôtel Saint-Crépin (v.1520-1550) à Soissons, ville de transit Paris-Reims : Sermisy, maître de la chanson de cour nationale dans les années 1520-1550, est le musicien de toutes les demeures nobles de l'axe Paris-Champagne. Jouissance vous donneray est la chanson emblématique de cette génération.

Lire l'explication complète de l'œuvre →