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Portrait de Michel de Montaigne

Illustre

Michel de Montaigne

Inventeur de l'essai et du portrait de soi en littérature — père de la modernité philosophique française

1533-1592·Philosophe·Château de Montaigne (Dordogne)·Littérature · Philosophie
« Que sais-je ? »

Contributions & œuvres

Conseiller au Parlement de Bordeaux puis maire de Bordeaux (1581-1585). Écrit les Essais (1580, 1588, édition posthume 1595) dans sa tour à Montaigne. Invente le genre de l'essai — réflexion personnelle sans prétention systématique ('Que sais-je ?'). Voyage en Italie, Allemagne, Suisse (1580-1581). Défend la tolérance religieuse pendant les guerres de Religion. Le premier auteur à faire de sa propre personne le sujet central.

Anecdote mémorable

Vivait dans une tour ronde à Montaigne dont les poutres du plafond portaient 57 citations en grec et en latin. Son meilleur ami La Boétie mourant lui donna son épouse de confier 'à un autre Montaigne'. Il porta un anneau de deuil pour La Boétie jusqu'à sa mort.

Influences reçues

Plutarque (sa bible). Sénèque. Stoïcisme. Scepticisme pyrrhonien. Pyrrhon d'Élis. La Boétie (ami).

Influences exercées

Invente l'essai comme genre littéraire. Fonde le relativisme culturel (chapitre sur les Cannibales). Influence Pascal, Descartes, Montesquieu, Rousseau, Shakespeare, Bacon. Tocqueville le lit assidûment.

Importance historique

## L'homme qui inventa l'exploration de soi

Parmi tous les penseurs de la Renaissance française, aucun n'est peut-être aussi moderne que Michel de Montaigne. À une époque de guerres de Religion, de certitudes absolues et de passions idéologiques, il ose faire quelque chose de radicalement nouveau :étudier l'homme en s'étudiant lui-même. Ni théologien, ni chef religieux, ni philosophe systématique, Montaigne devient l'inventeur d'un genre littéraire entièrement nouveau l'essai.

Son œuvre majeure, les Essais, influence profondément :

  • Descartes ;
  • Pascal ;
  • Rousseau ;
  • Voltaire ;
  • Nietzsche ;
  • Emerson ;
  • Virginia Woolf ;
  • jusqu'à la pensée contemporaine. Peu d'auteurs français ont exercé une influence aussi durable sur la civilisation occidentale.

Une naissance dans une famille humaniste

Michel de Montaigne naît le 28 février 1533 au Château de Montaigne. Son père Pierre Eyquem est un gentilhomme enrichi par le commerce bordelais. C'est un humaniste passionné qui veut offrir à son fils une éducation exceptionnelle.

Une expérience éducative unique

Son père met en place une expérience pédagogique révolutionnaire. Jusqu'à l'âge de six ans, Michel entend principalement parler latin. Les domestiques doivent lui parler en latin. Les précepteurs lui parlent en latin. Même sa famille tente d'utiliser cette langue. L'objectif est simple, faire du latin sa langue maternelle. L'expérience est un succès remarquable. Plus tard, Montaigne lira Cicéron et Sénèque presque aussi naturellement que le français. Cette formation humaniste marquera toute sa vie.

Les études

Il fréquente le prestigieux Collège de Guyenne. L'établissement est alors l'un des meilleurs d'Europe. Il y étudie :

  • la rhétorique ;
  • la philosophie ;
  • l'histoire ;
  • les auteurs antiques ;
  • le grec ;
  • le latin Cette immersion dans la culture antique façonnera profondément sa pensée.

Magistrat au Parlement de Bordeaux

Comme beaucoup de jeunes nobles instruits de son époque, Montaigne entreprend une carrière juridique. Il devient conseiller au Parlement de Bordeaux. C'est là qu'il rencontre l'homme qui changera sa vie, Étienne de La Boétie.

L'amitié parfaite

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Sa rencontre avec Étienne de La Boétie est l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire intellectuelle française. Les deux hommes deviennent inséparables. Lorsque Montaigne évoque cette relation dans les Essais, il écrit la phrase devenue légendaire « Parce que c'était lui ; parce que c'était moi. » Cette formule demeure probablement la plus célèbre définition de l'amitié dans toute la littérature française.

La blessure de la mort

En 1563, La Boétie meurt brutalement à l'âge de trente-deux ans. Montaigne est dévasté. Cette perte constitue l'un des grands traumatismes de sa vie. Une partie importante des Essais peut être lue comme une tentative de comprendre :

  • la mort ;
  • l'absence ;
  • l'amitié ;
  • la condition humaine.

Le retrait du monde

En 1571, à trente-huit ans seulement, Montaigne prend une décision surprenante. Il abandonne sa carrière publique. Il se retire dans son château. Pourquoi ? Il veut :

  • lire ;
  • réfléchir ;
  • écrire ;
  • observer les hommes ;
  • se comprendre lui-même. Il fait aménager sa célèbre bibliothèque dans une tour qui existe encore aujourd'hui.

La tour de Montaigne

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Cette tour est devenue l'un des lieux les plus symboliques de la Renaissance européenne. Sur les poutres du plafond, Montaigne fait inscrire des centaines de citations grecques et latines. Il vit entouré :

  • de livres ;
  • de manuscrits ;
  • d'auteurs antiques. Mais contrairement aux érudits traditionnels, il ne cherche pas seulement à accumuler du savoir. Il cherche à comprendre l'homme.

Les Essais

Une invention littéraire

En 1580 paraît la première édition des Essais. Le titre est révélateur. « Essai » signifie tentative. Montaigne n'écrit pas un traité. Il expérimente. Il explore. Il réfléchit à voix haute. C'est une révolution. Avant lui, les auteurs expliquent généralement ce qu'ils savent. Lui raconte ce qu'il cherche à comprendre.

« Que sais-je ? »

La formule la plus célèbre de Montaigne est Que sais-je ? Cette question devient le cœur de sa philosophie. À une époque où catholiques et protestants s'entretuent au nom de leurs certitudes, Montaigne choisit le doute. Attention ce n'est pas un scepticisme destructeur. C'est un scepticisme de prudence. Pour lui l'homme se trompe souvent. Donc il faut rester humble.

Une révolution psychologique

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Montaigne devient le premier grand explorateur de l'intériorité. Il parle :

  • de ses peurs ;
  • de ses goûts ;
  • de ses maladies ;
  • de son sommeil ;
  • de ses habitudes ;
  • de sa mémoire. Cela paraît banal aujourd'hui. Au XVIe siècle, c'est révolutionnaire. Il invente presque l'introspection moderne.

Le regard sur les peuples du Nouveau Monde

L'un de ses textes les plus célèbres est Des Cannibales. À travers les peuples du Brésil récemment découverts, Montaigne critique indirectement l'Europe. Son raisonnement est remarquable, Qui est réellement barbare ? Les peuples lointains ? Ou les Européens qui s'entretuent dans les guerres de Religion ? Cette réflexion annonce déjà une forme de relativisme culturel.

Les guerres de Religion

Montaigne vit au cœur de l'une des périodes les plus violentes de l'histoire française. Entre catholiques et protestants, les massacres se succèdent. Contrairement à beaucoup d'intellectuels de son temps, il refuse les extrêmes. Il défend :

  • la modération ;
  • le dialogue ;
  • la paix civile. Sur ce point, il rejoint la pensée de Michel de L'Hôpital, Érasme et certains humanistes modérés.

Maire de Bordeaux

Malgré son désir de retraite, Montaigne est appelé au service public. Il devient Maire de Bordeaux. Il administre la ville pendant une période difficile :

  • épidémies ;
  • tensions religieuses ;
  • difficultés politiques. Son pragmatisme est apprécié.

Henri de Navarre

Montaigne entretient des relations avec Henri IV. Le futur roi apprécie sa modération. Les deux hommes partagent une même volonté préserver la paix civile malgré les divisions religieuses.

Son profil psychologique

Les Essais permettent de connaître Montaigne mieux que presque n'importe quel personnage de la Renaissance. On découvre un homme :

  • curieux ;
  • lucide ;
  • tolérant ;
  • ironique ;
  • prudent ;
  • profondément humain. Il n'aime pas :
  • le fanatisme ;
  • les certitudes absolues ;
  • les dogmatismes. Il préfère :
  • l'observation ;
  • l'expérience ;
  • la nuance.

La maladie et la mort

Toute sa vie, Montaigne souffre de calculs rénaux extrêmement douloureux. Cette maladie influence fortement ses réflexions sur :

  • la souffrance ;
  • le corps ;
  • la mort. Il meurt en 1592. Les guerres de Religion ne sont pas encore terminées. Mais l'esprit de modération qu'il a défendu survivra.

Pourquoi Montaigne est-il si moderne ?

Parce qu'il pose des questions qui sont encore les nôtres :

  • Comment vivre ?
  • Comment supporter la mort ?
  • Comment être heureux ?
  • Comment comprendre les autres ?
  • Comment éviter le fanatisme ?
  • Comment se connaître soi-même ? Ses réponses restent étonnamment actuelles.

Son héritage

Montaigne influence directement ou indirectement :

  • Descartes ;
  • Pascal ;
  • Rousseau ;
  • Voltaire ;
  • Diderot ;
  • Nietzsche ;
  • Emerson ;
  • Stefan Zweig. Il est considéré comme :
  • le père de l'essai moderne ;
  • l'un des fondateurs de la psychologie introspective ;
  • l'un des grands penseurs de la tolérance.

Le regard HitsMap

Imaginez la France de 1580. Partout, les hommes s'affrontent. Chacun prétend posséder la vérité. Les armées marchent. Les prédicateurs condamnent. Les partis se radicalisent. Et dans une tour du Périgord, un homme écrit tranquillement : « Que sais-je ? » Cette simple question contient toute sa révolution. Là où son époque cherche des certitudes, Montaigne cherche la compréhension. Là où d'autres veulent convaincre, il veut observer. Là où beaucoup jugent, il tente de comprendre. C'est pourquoi Michel de Montaigne demeure peut-être la figure la plus universelle de toute la Renaissance française. Non parce qu'il a trouvé toutes les réponses. Mais parce qu'il a appris à poser les bonnes questions.

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