
✦ Illustre ✦
Jakob Fugger
Plus grand banquier d'Europe — finance les guerres et les papes
« Je n'entends pas de me retirer des affaires tant que Dieu me laissera la vie. »
Contributions & œuvres
Banquier d'Augsbourg (Allemagne) dont les activités financent directement la France via les Guerres d'Italie. Prête aux Habsbourg (financement de l'élection de Charles Quint 1519). Ses correspondants à Lyon et Paris jouent un rôle crucial dans le financement des marchands et seigneurs français. Les Fugger créent le premier réseau bancaire international que les marchands français utilisent.
Anecdote mémorable
Prêta tant à Charles Quint qu'à sa mort on lui devait l'équivalent du PIB annuel de l'Empire. L'expression 'riche comme Fugger' était le superlatif de la richesse en Europe au XVIe siècle.
Influences reçues
Commerce méditerranéen. Mines de cuivre et d'argent tyroliens. Papauté.
Influences exercées
Son réseau bancaire est l'infrastructure financière sur laquelle repose toute l'économie de la Renaissance. Les grands marchands lyonnais (Gadagne, etc.) opèrent dans son réseau. Son modèle inspire les banquiers français du XVIIe siècle.
Importance historique
L'homme qui finança des empereurs et acheta le destin de l'Europe
Lorsque l'on évoque les grands personnages de la Renaissance, les noms de Léonard de Vinci, François Ier ou Michel-Ange viennent naturellement à l'esprit. Pourtant, derrière les rois, les papes et les artistes se cache un homme dont le pouvoir fut parfois supérieur au leur : Jakob Fugger.
À son époque, certains souverains dépendent davantage de ses prêts que de leurs propres revenus. Il finance des guerres, des mariages dynastiques, des mines, des explorations, des papes et même l'élection de l'empereur du Saint-Empire. Beaucoup d'historiens le considèrent comme l'homme le plus riche de toute l'histoire moderne. Sa fortune aurait représenté environ 2 % de toute la richesse produite en Europe à son époque.
D'un tisserand à la dynastie la plus riche d'Europe
L'histoire des Fugger commence modestement. Au XIVe siècle, la famille s'installe à Augsbourg. À l'origine, les Fugger sont des tisserands. Ils fabriquent et vendent des étoffes. En trois générations, ils deviennent l'une des plus puissantes familles marchandes du continent. Lorsque Jakob naît en 1459, les bases de la fortune familiale existent déjà. Mais c'est lui qui va transformer une entreprise régionale en empire mondial.
L'école de Venise
Comme beaucoup de jeunes marchands ambitieux, Jakob est envoyé à Venise. Venise est alors le Wall Street de la Renaissance. On y trouve :
- les plus grands marchands ;
- les meilleures banques ;
- les techniques comptables les plus avancées ;
- les réseaux commerciaux du monde entier.
Jakob y apprend :
- la finance ;
- la comptabilité moderne ;
- les lettres de change ;
- les techniques du commerce international. Cette expérience va révolutionner sa vision des affaires.
Son génie : contrôler les métaux
La plupart des marchands vendent des produits. Jakob veut contrôler les matières premières. Il comprend une réalité fondamentale : Celui qui contrôle les métaux contrôle l'économie. À la fin du XVe siècle, il investit massivement dans :
- les mines d'argent du Tyrol ;
- les mines de cuivre de Hongrie ;
- les réseaux de transport européens.
Progressivement, les Fugger acquièrent une position quasi monopolistique sur le cuivre européen et deviennent l'un des plus grands producteurs d'argent du continent.
L'argent qui fait les rois
La véritable puissance de Jakob Fugger ne vient pas seulement des mines. Elle vient du crédit. Les souverains ont constamment besoin d'argent :
- pour leurs guerres ;
- pour leurs armées ;
- pour leurs mariages ;
- pour leurs campagnes électorales. Jakob leur prête des sommes colossales. Son principal client devient Maximilien Ier. Le banquier et l'empereur développent une relation exceptionnelle.
En échange des prêts, Fugger obtient :
- des privilèges miniers ;
- des monopoles ;
- des concessions commerciales. Une nouvelle forme de pouvoir apparaît, l'influence financière.
L'homme qui fit élire Charles Quint
L'épisode le plus spectaculaire survient en 1519. À la mort de Maximilien Ier, plusieurs candidats convoitent le trône impérial. Parmi eux :
- François Ier de France ;
- Charles d'Espagne ;
- Henri VIII d'Angleterre. L'élection est entre les mains des princes-électeurs allemands. Charles manque de liquidités. Jakob Fugger avance alors des sommes gigantesques pour financer les négociations et sécuriser les soutiens nécessaires. Charles devient Charles Quint. Sans l'argent de Fugger, le cours de l'histoire européenne aurait pu être totalement différent.
Plus puissant que les Médicis ?
Durant le XVe siècle, les Médicis dominent la finance européenne. Au début du XVIe siècle, les Fugger prennent le relais. Leur réseau couvre :
- l'Allemagne ;
- l'Italie ;
- l'Espagne ;
- les Pays-Bas ;
- l'Europe centrale. Leur influence dépasse celle des Médicis dans de nombreux domaines financiers et politiques. Là où les Médicis dominent Florence, les Fugger influencent tout le continent.
Un rôle indirect dans la Réforme
L'un des paradoxes de l'histoire est que Jakob Fugger contribue indirectement à déclencher l'un des plus grands bouleversements religieux de l'Europe. Pour financer certains projets ecclésiastiques et rembourser des emprunts, des campagnes de vente d'indulgences sont organisées dans les territoires allemands. Ces pratiques provoquent l'indignation d'un moine augustin Martin Luther. En 1517, Luther publie ses célèbres critiques. La Réforme protestante commence. Fugger n'est évidemment pas la cause de la Réforme, mais son système financier se trouve au cœur de certains mécanismes qui l'ont précédée.
Le premier capitaliste moderne ?
Beaucoup d'économistes voient en lui un précurseur du capitalisme moderne. Pourquoi ? Parce qu'il ne se contente pas de commercer. Il intègre toute la chaîne économique :
- extraction ;
- transformation ;
- transport ;
- financement ;
- vente. Il investit également dans plusieurs pays simultanément. Cette logique ressemble davantage aux grandes multinationales contemporaines qu'aux marchands médiévaux.
La Fuggerei : le logement social avant l'heure


Contrairement à l'image du financier impitoyable, Jakob laisse également une œuvre sociale remarquable. En 1521, il fonde la Fuggerei. Il s'agit d'un quartier destiné aux habitants pauvres d'Augsbourg. Les loyers sont symboliques. Les résidents doivent simplement :
- être catholiques ;
- prier pour la famille Fugger. La Fuggerei existe toujours aujourd'hui. C'est le plus ancien ensemble de logements sociaux encore en activité dans le monde.
Un mécène de la Renaissance
Comme les Médicis, Fugger veut laisser une trace. Il finance :
- des artistes ;
- des architectes ;
- des édifices religieux ;
- des constructions prestigieuses. Sa chapelle funéraire à Augsbourg est considérée comme le premier grand monument Renaissance d'Allemagne. Il fait également construire les célèbres Fuggerhäuser, parmi les premiers palais Renaissance au nord des Alpes.
Sa mort et son héritage
Jakob Fugger meurt en 1525. Il ne laisse pas d'enfants. Son immense empire passe à son neveu Anton Fugger. La dynastie continue de prospérer pendant plusieurs générations. Mais aucun membre de la famille n'atteindra plus jamais son niveau d'influence.
Le regard HitsMap
Imaginez-vous à Augsbourg vers 1520. Dans les rues circulent des messagers venus de toute l'Europe. Des courriers arrivent de Rome, de Vienne, de Madrid, de Prague ou d'Anvers. Des rois attendent des crédits. Des princes négocient des prêts. Des mines produisent argent et cuivre pour ses comptoirs. Dans son palais, Jakob Fugger n'est ni roi, ni empereur, ni pape. Pourtant, tous dépendent de lui. La Renaissance est souvent racontée comme l'histoire des artistes et des souverains. Mais derrière les chefs-d'œuvre, les guerres, les explorations et les dynasties, il y a aussi des hommes qui financent le monde. Jakob Fugger est probablement le plus puissant d'entre eux. Si François Ier incarne le pouvoir politique, Léonard de Vinci le génie créatif et Michel-Ange l'art, Jakob Fugger incarne la quatrième force de la Renaissance :
l'argent devenu capable de façonner l'Histoire.
