Ancien Capitole de Toulouse (Salle des Illustres)

Ancien Capitole de Toulouse (Salle des Illustres)

Toulouse · 1750 (façade) — salle Henri IV v. 1595-1622

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À propos

Récit incarné

Place du Capitole, Toulouse. La grande façade de brique rose et de pierre — XVIIIe siècle, 135 mètres de long — masque derrière elle la mairie, l'opéra, les services municipaux, et quelques salles Renaissance que les touristes ignorent souvent. Demandez à entrer dans la salle Henri IV — elle est accessible aux visites libres certains jours (renseignements à l'accueil).

La salle s'ouvre. Le plafond explose. Des caissons profonds, décorés de rosaces peintes et dorées, couvrent toute la surface du plafond. Ce n'est pas la Sixtine. Mais c'est l'un des plafonds à caissons les plus magnifiques de France provinciale — une célébration de la richesse et de l'autorité toulousaines à la fin des guerres de religion.

Les murs sont couverts de peintures académiques du XIXe siècle représentant les 'illustres' de Toulouse — Clémence Isaure (légendaire fondatrice des Jeux Floraux), Antoine de Doat, Raymond de Saint-Gilles. Ces peintures sont d'une qualité honorable. Mais regardez le plafond. C'est là que la Renaissance respire encore.

Lecture architecturale

La salle Henri IV est un espace rectangulaire couvert d'un plafond à caissons de bois peint et doré. Les caissons sont disposés en grille régulière, chacun orné d'une rosace centrale peinte (fleur géométrique rayonnante) dans un cadre de moulures profilées. L'entablement qui sépare le plafond des murs est sculpté et doré. C'est un décor typique de la Renaissance française tardive — à la charnière entre le maniérisme de Fontainebleau et le baroque naissant.

Symboles à observer

1. Les rosaces du plafond : chaque rosace est une composition géométrique autonome — différente des autres. C'est le principe de variété dans l'unité, cher à la Renaissance.

2. Les grotesques dorées : dans les frises de l'entablement, des grotesques — arabesques de feuillages, d'animaux fantastiques et de figures humaines — serpentent en or sur fond rouge. C'est le vocabulaire de la 'grotesque' italienne, diffusée en France par les artistes de Fontainebleau.

3. Les armes de Toulouse : dans les médaillons de l'entablement, les armes de Toulouse (croix de Toulouse) alternent avec les fleurs de lis royales. La ville et le roi, dans le même espace symbolique.

4. Les couleurs : rouge, bleu, or. Ce sont les couleurs traditionnelles de Toulouse depuis le Moyen Âge — les couleurs de la croix du Languedoc.

Anecdote mémorable

Les Jeux Floraux de Toulouse — la plus ancienne académie littéraire du monde occidental encore en activité (fondée en 1323) — tiennent toujours leurs séances annuelles dans le Capitole. Chaque année, le 3 mai (Fête des Roses), la Société des Jeux Floraux décerne des prix de poésie en langue d'oc et en français. Victor Hugo, Ronsard, Lamartine ont tous reçu une violette ou une amarante des Jeux Floraux. La salle Henri IV a entendu des siècles de poésie. Elle continue.

Contexte historique dense

Le Capitole de Toulouse est l'institution politique de la ville depuis le XIIe siècle — siège des capitouls (l'équivalent des consuls romains, renommés en référence au Capitole de Rome). La salle Henri IV (1595-1622) fut construite pendant la reconstruction politique qui suivit les guerres de religion. Toulouse avait été l'une des villes les plus violemment catholiques et ligueurs — elle avait résisté à Henri de Navarre jusqu'à sa conversion. La construction d'une salle d'apparat à son nom (Henri IV) était un acte de réconciliation symbolique — une manière pour la ville de reconnaître le roi légitime tout en gardant sa mémoire de ville catholique.

Échos artistiques

Musique : les Polyphonies occitanes(Guillaume de Machaut, XIVe siècle) chantées lors des Jeux Floraux — la tradition poétique et musicale qui lie Toulouse à l'Occitanie médiévale et renaissante. Peinture :La Déposition de Croix de Nicolas Tournier (Musée des Augustins, Toulouse) — l'un des chefs-d'œuvre de la peinture toulousaine du XVIIe siècle. Architecture : le Capitole de Rome (Michel-Ange, XVIe siècle) — le modèle symbolique dont Toulouse s'est toujours réclamée.

Pour aller plus loin

  • Hôtel d'Assézat (Toulouse) — à 600 mètres, le chef-d'œuvre de l'architecture civile Renaissance.
  • Musée des Augustins (Toulouse) — sculptures médiévales et peintures de la Renaissance méridionale.
  • Couvent des Jacobins (Toulouse) — le joyau du gothique méridional, à 300 mètres du Capitole.

Localisation

43.6047, 1.4436 · Toulouse

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Amour, amour
Antoine de Bertrand · c.1550–1585
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