
Hôtel de Bagis de Toulouse (deuxième hôtel)
Toulouse · v. 1522-1540
À propos
Récit incarné
Rue Pharaon, Toulouse. La ville rose dans son réseau de ruelles médiévales. Entre la place du Capitole et la Garonne, les rues des capitouls conservent leurs hôtels particuliers Renaissance — brique rose et pierre blanche des Pyrénées, cours intérieures à galeries, tours hexagonales.
L'hôtel de la rue Pharaon est dans ce réseau. Sa façade de brique rose et de pierre de Saint-Béat s'ouvre par un portail monumental sur une cour. Et dans la cour, la galerie à colonnes ioniques — cinq arcades en plein cintre portées par des colonnes dont les chapiteaux à volutes sont d'une précision méticuleuse.
Toulouse au XVIe siècle construisait vite et bien. Les capitouls et les marchands de pastel enrichis par ce commerce du bleu qui habillait l'Europe entière commandaient à des ateliers compétents des hôtels qui rivalisaient entre eux et avec les modèles italiens. La Renaissance toulousaine est une course à la beauté — qui aura la plus belle cour, le plus beau portail, la plus haute tour.
Lecture architecturale
L'hôtel de la rue Pharaon est construit en brique rose toulousaine et en pierre de Saint-Béat (calcaire blanc des Pyrénées). La cour intérieure présente une galerie à cinq arcades en plein cintre portées par des colonnes ioniques. La tour hexagonale hors-œuvre abrite l'escalier principal.
Symboles à observer
1. La brique rose et la pierre blanche : l'alternance des deux matériaux. La brique rouge constitue les murs, la pierre blanche les éléments sculptés. Deux textures, deux couleurs dans la même façade.
2. Les colonnes ioniques : fûts lisses, chapiteaux à volutes. Regardez le détail des volutes — en spirale parfaite, taillées dans la pierre blanche des Pyrénées.
3. La tour hexagonale : six pans, un escalier en vis. L'hexagone, forme géométrique de la perfection rationnelle.
4. La cour comme théâtre : imaginez cette cour habitée — les capitouls en robe noire, les marchands de pastel dans leurs velours, les serviteurs en livrée. La galerie comme scène de la vie sociale toulousaine du XVIe siècle.
Anecdote mémorable
Le pastel — la plante tinctoriale qui faisait la richesse des marchands toulousains — commença à décliner à partir des années 1560 sous l'effet de la concurrence de l'indigo tropical importé des Antilles et des Indes. Les hôtels particuliers construits dans les années 1520-1560 furent donc construits au moment même où la fortune qui les finançait commençait à s'effacer. Les belles pierres de Saint-Béat et les colonnes ioniques des cours toulousaines sont le monument d'une prospérité en train de disparaître.
Contexte historique dense
Toulouse entre 1522 et 1540 était au sommet de sa prospérité du pastel. Les capitouls et les marchands enrichis construisaient en masse — la rue Pharaon, la rue de la Dalbade, la rue Saint-Rome, la rue Croix-Baragnon étaient des chantiers permanents. La Renaissance toulousaine est un phénomène collectif — pas un seul grand commanditaire comme à Fontainebleau ou Chambord, mais des dizaines de commanditaires individuels qui construisent simultanément le même type de bâtiment.
Échos artistiques
Musique : Branle gay de Toulouse(danse populaire languedocienne, XVIe siècle) — les danses de la ville rose au temps des hôtels Renaissance. Peinture : lePortrait d'un capitoul de Toulouse (anonyme, XVIe siècle, Musée des Augustins) — le commanditaire type de ces hôtels. Architecture : l'hôtel d'Assézat (Toulouse, 1555) — le chef-d'œuvre qui couronnera cette série d'hôtels Renaissance.
Pour aller plus loin
- Hôtel d'Assézat (Toulouse) — le chef-d'œuvre Renaissance à 300 mètres.
- Musée des Augustins (Toulouse) — sculptures médiévales et peintures du Midi.
- Capitole de Toulouse — la mairie et la salle des Illustres.
Localisation
43.5992, 1.4439 · Toulouse


