
Église Saint-Étienne de Bar-le-Duc
Bar-le-Duc (Meuse (55)) · 1315-XVIe siècle (campagne Renaissance 1480-1560)
À propos
Histoire
L'église Saint-Étienne de Bar-le-Duc, perchée au cœur de la Ville Haute (quartier aristocratique perché sur l'éperon rocheux), est l'un des sanctuaires les plus émouvants de Lorraine — pas pour sa propre architecture, qui mêle gothique flamboyant et Renaissance discrète, mais pour le chef-d'œuvre absolu de la sculpture funéraire Renaissance qu'elle abrite : le Transi de René de Chalon sculpté par Ligier Richier en 1547.
L'édifice fut construit entre 1315 et le XVIe siècle, dans un style gothique flamboyant lorrain avec des ajouts Renaissance entre 1480 et 1560. Sa façade occidentale Renaissance, à pilastres et frontispice, témoigne de la modernisation sous l'épiscopat des évêques humanistes de Verdun.
Bar-le-Duc fut au XVe-XVIIe siècle la capitale du Barrois — territoire mouvant entre royaume de France (Barrois mouvant) et duché de Lorraine indépendant (Barrois non-mouvant). Cette position frontalière lui valut une prospérité économique et culturelle exceptionnelle : la cour des ducs de Bar (notamment René II, mort en 1508) y attira artistes, humanistes, sculpteurs.
L'élément Renaissance majeur de Saint-Étienne est le Transi de René de Chalon (1547), commandé par Anne de Lorraine veuve du prince. C'est l'une des plus extraordinaires sculptures funéraires de toute l'histoire de l'art : représentation cadavérique du prince en décomposition, levant son cœur vers le ciel — image d'effroi sacré et réflexion sur la vanité humaine unique en Europe.
À voir absolument
- Le Transi de René de Chalon (1547) de Ligier Richier, chef-d'œuvre absolu de la sculpture funéraire Renaissance européenne
- La façade occidentale Renaissance, à pilastres et frontispice
- Le chœur gothique voûté en croisée d'ogives flamboyantes
- Les chapelles latérales Renaissance ornées de retables XVIe
- Les vitraux Renaissance (XVIe siècle), partiellement conservés
- Le buffet d'orgue classique (XVIIIe siècle)
- Les tombeaux des grandes familles barisiennes
- La Ville Haute de Bar-le-Duc tout autour, ensemble urbain Renaissance et classique
- La place Saint-Pierre voisine, l'une des plus belles places Renaissance de France
Anecdotes & secrets
René de Chalon (1519-1544), prince d'Orange, stathouder de Hollande, Zélande et Utrecht, fut l'un des plus brillants princes Renaissance européens — riche, cultivé, polyglotte, ami de Charles Quint qui lui confia plusieurs commandements militaires. Il mourut à 25 ans lors du siège de Saint-Dizier (juillet 1544), tué par un boulet de canon. Sa veuve Anne de Lorraine commanda à Ligier Richier un monument funéraire qui exprimerait toute la vanité de la grandeur mondaine. Selon une légende tenace, René de Chalon aurait demandé sur son lit de mort que son corps soit représenté en l'état où il sera trois ans après sa mort — d'où la sculpture cadavérique. Cette légende n'est pas documentée par les archives mais reste un récit fondateur du monument.
Le Barrois mouvant (partie occidentale) appartenait au royaume de France depuis 1301, tandis que le Barrois non-mouvant (oriental) restait dans le duché de Lorraine indépendant. Cette double appartenance fit de Bar-le-Duc une ville à statut juridique unique : les bourgeois français y vivaient à 100 mètres des sujets lorrains, avec des régimes fiscaux différents. Le rattachement définitif à la France ne se fit qu'en 1766 sous Louis XV.
Bar-le-Duc donne aussi son nom à une spécialité internationale : le « confit de groseilles épépinées à la plume d'oie », délicatesse produite depuis le XIVe siècle. Les fruits sont épépinés un à un à la plume d'oie (3-4 grammes/heure par épépineuse). Hitchcock en aurait emporté chaque hiver à Hollywood. Aujourd'hui, une seule maison (Dutriez) continue la production.
Conseils de visite
Église ouverte tous les jours de 9h à 12h et 14h à 18h, entrée libre. Combiner avec la promenade dans la Ville Haute (place Saint-Pierre Renaissance, hôtels particuliers, tour de l'Horloge), le musée Barrois (gratuit le 1er dimanche), et la route Ligier Richier (Saint-Mihiel à 30 km, Hattonchâtel à 35 km). Bar-le-Duc accessible depuis Paris-Est en TGV (1h45) ou Metz/Nancy en TER (1h30).
Localisation
48.7714, 5.1583 · Bar-le-Duc (Meuse (55))
